La crise du gaz russe expose les banques allemandes et italiennes
Touchées mais pas coulées. Les restrictions sur l’approvisionnement en gaz pourraient accroître les risques pesant sur la solvabilité des banques européennes, mais ces dernières ont les reins assez solides pour faire face à une telle crise, juge Moody’s dans une note publiée ce mercredi 17 août.
L’agence de notation a identifié six économies fortement exposées au gaz russe : l’Allemagne, l’Autriche, la Hongrie, la République Tchèque, la Slovaquie et l’Italie. Dans un scénario adverse marqué par une coupure totale du gaz russe, les systèmes bancaires de ces pays pâtiraient en premier lieu d’une hausse des créances douteuses, estime-t-elle, les problèmes de chaînes d’approvisionnement pouvant ensuite agir comme une courroie de transmission aux autres économies du continent.
Capacité d’absorption des pertes accrue
Les banques européennes concernées ont toutefois accru leur capacité d’absorption des pertes depuis 2019, constate l’agence. Le niveau de leurs prêts à risques a globalement été réduit par rapport au niveau pré-pandémique : c’est surtout le cas en Italie où ils représentaient fin 2021 moins de 4% du stock de prêts contre 7,5% avant la crise du Covid-19. « Les plans de cession des prêts non performants des banques italiennes n’ont pas été achevés », relève toutefois l’agence de notation financière, cette nouvelle crise les rendant « encore plus pertinents ». En outre les banque européennes ont accru leurs réserves pour faire face au risque de crédit pendant la pandémie et ne les ont pas encore consommées. Commerzbank et Deutsche Bank viennent d’ailleurs de passer des provisions additionnelles au deuxième trimestre pour couvrir le scénario d’une crise du gaz russe.
Bien qu’elle n’ait pas retrouvé son niveau d’avant Covid, la profitabilité des banques européennes reste assez élevée pour soutenir leur capacité d’absorption des pertes, juge encore Moody’s. D’ailleurs, le rapport entre le revenu net des banques allemandes et leurs actifs tangibles s’est redressé de 0,1% à 0,3% entre 2019 et 2021, leur rentabilité étant notamment supportée par un faible coût du risque.
Les conséquences de la guerre en Ukraine vont, bien sûr, rompre cette dynamique. La hausse du coût du risque en 2022 et 2023 sera toutefois compensée à court terme par la hausse des revenus entraînée par la remontée des taux, estime Moody’s.
L’agence se montre résolument optimiste, privilégiant le scénario d’une reprise faible en 2022 suivie d’une croissance molle au premier semestre 2023, un univers macroéconomique dans lequel les coussins de sécurité des banques leur permettraient « d’absorber de potentielles pressions sur leur solvabilité ». En cas de détérioration, l’instrument anti-fragmentation de la BCE jouerait comme « un filet de sécurité additionnel », ajoute Moody’s, bénéficiant en premier lieu aux banques italiennes et du sud de l’Europe.
L’agence met toutefois en garde contre un autre risque, de nature politique : après les efforts exceptionnels déployés pendant la pandémie, la capacité de soutien à l’économie des gouvernements est désormais limitée. La tentation est donc grande de recourir à la solidarité privée : c’est le cas en Espagne où le gouvernement a fait voter une taxation exceptionnelle sur le secteur bancaire,mais aussi en Hongrie. La République Tchèque réfléchit, de son côté, à une mesure similaire.
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