Les banques espagnoles plongent dans l’inconnu
Au sein de l’Association bancaire espagnole (l’AEB), l’annonce par le président du gouvernement, Pedro Sanchez, le 12 juillet d’une taxe bancaire provisoire passe mal : «Nous ne connaissons pas les détails de l’annonce. Le secteur n’a pas été consulté ni informé, malgré le maintien d’un dialogue permanent avec le gouvernement, explique Jose Luis Martinez, porte-parole de l’AEB. Les actionnaires des banques espagnoles – dont beaucoup de petits épargnants – ont déjà été sanctionnés en Bourse par cette annonce, qui reflète l’improvisation juridique dans laquelle évolue un secteur aussi important pour l’économie et la société.» Les cours des banques espagnoles se sont effondrés le 12 juillet, avant de se stabiliser le lendemain : CaixaBank, la plus touchée, a perdu 2,056 milliards d’euros de capitalisation le 12 juillet, après avoir chuté de 8,63% en séance.
Le porte-parole s’attaque aussi à la justification donnée par Pedro Sanchez pour mettre en œuvre cette taxe : «La hausse éventuelle des taux d’intérêt par la BCE ne garantit pas nécessairement une amélioration de la rentabilité des banques, ni ne se traduit par des bénéfices extraordinaires, mais répond plutôt à la hausse de l’inflation et peut entraîner une baisse de l’activité économique, poursuit Jose Luis Martinez. Ce qui est extraordinaire, ce sont les taux d’intérêt négatifs que nous connaissons depuis de nombreuses années.» Même constat de la part d’une source bancaire espagnole : «La hausse des taux relève d’une décision de banques centrales et certainement pas des banques individuelles. Par ailleurs, avons-nous été compensés durant toutes ces années de taux bas ? La réponse est non.»
Pour les banques, c’est surtout une taxe de trop : 1,2 milliard d’euros d’impôts sur les bénéfices ont été versés à l’Etat par les prêteurs espagnols au cours des douze derniers mois précédant le mois de mars. En se fondant sur les chiffres 2021, l’agence de notation DBRS Morningstar estime que cette nouvelle taxe représente environ 10,3% des bénéfices nets du système bancaire domestique espagnol.
Une réduction des recettes est également attendue : selon un calcul provisoire, UBS estime à 2% l’impact de cette taxe sur les revenus du groupe Santander pour 2023-2024, un pourcentage qui monte à 5% pour BBVA et entre 10% et 15% pour les banques domestiques, dont fait partie le leader CaixaBank.
Une moindre résistance aux chocs
De façon générale, les analystes reconnaissent que la hausse éventuelle des taux d’intérêt est une bonne nouvelle pour la banque espagnole, dont une grande partie du portefeuille de prêts hypothécaires est à taux variables. L’Euribor à 12 mois, indicateur de référence de la plupart des prêts hypothécaires en Espagne, a ainsi fortement augmenté au cours des derniers mois. En se basant sur l’évolution de ce taux et sur la taille des revenus nets d’intérêts du système bancaire domestique, DBRS Morningstar estime que les revenus nets d’intérêts pourraient croître de quelque 4,1 milliards d’euros l’an prochain, alors même que la taxe bancaire vise à collecter 1,5 milliard d’euros par an. «La nouvelle taxe potentielle réduirait l’un des atouts des banques, dans l’environnement économique incertain actuel et dans une situation de rentabilité déjà faible ; le rendement des fonds propres du système bancaire domestique étant de 5,4% en mars 2022», indique l’agence. Sans compter que les perspectives de détérioration de l’économie espagnole pourraient aussi affecter les bénéfices des groupes bancaires. Une augmentation du nombre de créances douteuses et une baisse des volumes d’activité ne sont ainsi pas écartées.
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