La BCE s’inquiète de l’impréparation sur les nouveaux taux de référence
Les banques ne sont pas suffisamment préparées aux réformes des taux de référence», indique en introduction le communiqué de la Banque centrale européenne (BCE) sur la publication de son guide des bonnes pratiques pour la transition (avant 2022) vers les nouveaux benchmarks. «Si les banques sont généralement bien conscientes de la complexité des réformes et des défis en jeu (…), elles sont généralement en retard dans la mise en œuvre des mesures d’atténuation des risques.»
Après les multiples rappels du Conseil de stabilité financière (FSB), le nouvel avertissement de la BCE semble un peu tardif, puisque la chambre LCH SA débute ce jour même sa compensation des contrats en Eonia (-0,465% vendredi) par référence au nouveau taux €STR (8,5 pb plus bas depuis son entrée en vigueur le 2 octobre). «Ce changement, qui pourrait accélérer la transition vers le nouveau taux, n’aura pas d’impact financier direct sur les contreparties aux contrats dérivés», explique bien Cédric Quemener, expert chez Cognizant Consulting. Par exemple, pour emprunteur à taux variable Eonia+1% qui se couvre via un swap avec un taux fixe à 0,60%, la marge variable vers sa contrepartie restera lundi de 6,5 pb après le nouveau calcul de LCH SA qui raisonnera donc, dorénavant, sur la base d’un taux variable €STR+1,085% contre un taux fixe à 0,60%.
Quid de la facturation des CCP
«En revanche, cela va changer la base de facturation des chambres de compensations (CCP) – à l’avantage des banques ‘clearing members’ (CM) puisque le nouveau taux de référence est plus bas de 8,5 pb – qui ont proposé une nouvelle facturation à la ligne ou plus globale. Et surtout, cela va modifier la valorisation des swaps pour les CCP comme pour les CM, et les autorités craignent que les banques ne soient pas prêtes, poursuit Cédric Quemener. Nombre d’entre elles auront aujourd’hui un premier vrai contact avec l’€STR, et il faut espérer que toutes les contreparties ont déjà adapté leurs systèmes de négociation, de modélisation des risques, de comptabilité, ainsi que leurs systèmes de reporting réglementaire», poursuit le consultant, pas si certain du fait. En cas d’écarts de comptes cette semaine, il n’y aura pas de risque systémique, mais les contreparties ne devront pas tarder à les corriger.
Pour Cédric Quemener, «rien n’assure non plus que cette étape majeure améliore beaucoup la liquidité dans le nouveau taux». En effet, les banques tardent par ailleurs, sur la partie cash, à référencer leurs prêts sur les nouveaux taux qui, du coup, leur coûteront 8,5 pb de plus par rapport à l’emprunteur en euro.
La BCE attire aussi l’attention sur le fait que les banques s'étant beaucoup concentrées sur le passage de l’indice au jour le jour Eonia au nouveau taux à court terme €STR, elles ont un peu délaissé les risques associés à la réforme du taux interbancaire Euribor, qui ne change pas de nom mais juste de mode de calcul, et qui reste le taux le plus utilisé pour les contrats en euros (plus de 180.000 milliards contre 100.000 pour l’Eonia selon Bloomberg).
La CE en sauveur ?
Tout aussi tardive, la Commission européenne (CE) a proposé vendredi de modifier le règlement sur les indices de référence (BMR) afin que «cela ne perturbe pas l'économie ni ne porte atteinte à la stabilité financière de l’Union européenne (UE)». Avec la cessation du taux Libor (London Interbank Offered Rate) régulé au Royaume-Uni fin 2021, la CE souhaite que certains contrats européens s’y référant qui ne pourront pas être renégociés à temps puissent se référer à un autre taux régulé dans l’UE. Elle propose de pouvoir désigner alors, avec les groupes de travail ad hoc comme l’ARRC américain pour le Libor ou le RFR Group pour l’Euribor, les taux de référence de remplacement appropriés couvrant toutes les références à un taux largement utilisé qui est abandonné comme le Libor. «Un peu pour éviter les conflits juridiques, surtout pour ancrer les nouveaux taux de référence européens dans la législation et éviter que les banques et organisations anglo-saxonnes n’imposent leurs nouvelles normes dans l’UE», conclut Cédric Quemener.
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