La BCE s’attaque aux bonus bancaires
Après la rémunération des actionnaires des banques, celle des banquiers de la zone euro est également dans le viseur de la BCE. Andrea Enria, le président du conseil de surveillance prudentielle de la Banque centrale européenne, souhaite une baisse des bonus, dans le contexte actuel de crise sanitaire. «Dans la mentalité de conservation du capital que nous essayons d’inculquer aux banques, je pense que nous attendrons d’elles qu’elles fassent preuve d’une extrême modération dans les rémunérations variables», déclare le patron de la supervision européenne, dans un entretien au Financial Times retranscrit hier sur le site de la BCE. Une injonction réitérée, le même jour, sur Bloomberg TV.
Cette offensive médiatique signe l’acte 2 du plan d’action de la BCE destiné à préserver les fonds propres des banques, pour qu’elles continuent à prêter aux entreprises et aux ménages, et qu’elles puissent absorber la hausse des créances douteuses. L’acte 1 s’est noué vendredi dernier lorsque la BCE a recommandéaux établissements de crédit européens de ne pas verser de dividendes et de ne pas procéder à des rachats d’actions d’ici au 1er octobre au moins.
Cette demande très ferme a été formulée après ses appels à la retenue sur les dividendes et les salaires, peu suivis d’effets malgré l‘allégement de ses exigences de fonds propres pour les banques, le 12 mars dernier. Depuis, plusieurs grands groupes cotés ont annoncé qu’ils renonçaient à rémunérer leurs actionnaires au titre de 2019, comme UniCredit ou ING. En France, la Société Générale, Natixis et Rothschild & Co ont finalement fait de même, hier (lire par ailleurs).
Contours flous
Sur les bonus, l’enjeu est moindre que pour les 30 milliards d’euros de dividendes des banques européennes, selon le décompte d’Andrea Enria. Mais il est hautement symbolique et les engagements se comptent sur les doigts d’une main. BBVA a dévoilé lundi que l’enveloppe de bonus de 300 de ses cadres serait amputée de 50 millions d’euros. En dehors de la zone euro, Credit Suisse prévoit aussi de baisser les rémunérations variables 2020. «C’est une question morale et sociétale face à un risque de récession sans précédent», estime une source proche du dossier. Si certains ne jouent pas le jeu sur ce tableau, comme sur la rémunération des actionnaires, la BCE pourra rendre des «décisions» contraignantes à l’encontre des banques récalcitrantes, mais elle espère ne pas devoir aller jusque-là, ajoute la source.
Andrea Enria ne précise pas quel niveau de management et quelle typologie de salariés sont concernés par son appel à la modération salariale, ni dans quelles proportions. «La BCE veut responsabiliser les banques, explique la source. Il est facile pour elles de désamorcer le message au prétexte qu’il n’est pas précis. En réalité, la réglementation européenne prévoit depuis des années que les banques prennent les mesures nécessaires pour protéger leur capital.»
En janvier dernier, l’institution de Francfort a, comme chaque année, rappelé aux 117 établissements sous sa supervision sa philosophie sur les rémunérations variables, dont le schéma est strictement encadré depuis la directive européenne CRD4 de 2013. En d’autres termes, «la BCE ne demande rien de spécifique, mais il faudra suivre l’esprit de ce qu’elle dit», confirme un dirigeant de banque.
Traitement différent pour les risques et les réseaux
Les bonus 2019 ayant été déjà payés, au moins pour la partie en cash, l’institution de Francfort souhaite, selon nos informations, une limitation ou un arrêt des paiements à la fois pour les bonus différés octroyés les années passées, qu’ils soient payés en cash ou en titres, et pour les futurs bonus 2020, qui seront de toute façon moindres en raison de la baisse probable des bénéfices des banques cette année.
Sur le terrain, chaque banque devra définir sa ligne de démarcation. Outre les dirigeants, les material risk takers (preneurs de risques), dont le système de rémunération est déjà régulé en Europe, sont les premiers visés par la BCE. Mais au-delà des traders, cette population compte aussi des responsables des fonctions de contrôle et de risques. «Dans la période actuelle, il ne faudra pas nécessairement pénaliser ces salariés qui ont un rôle important à jouer», estime une source.
De même, «il sera important de payer des bonus aux équipes des réseaux qui sont en face des clients et qui touchent actuellement une prime annuelle très modérée», relève le dirigeant de banque. Chez BPCE, l’organisation syndicale SNB CFE-CGC réclame une enveloppe spécifique pour les collaborateurs des agences, en première ligne malgré les risques de contamination au coronavirus, ont révélé Les Echos. Au Crédit Mutuel Alliance Fédérale, une «prime de mobilisation» est prévue.
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