Bonus 2014

Des modèles de rémunération à réinventer

le 24/04/2014 L'AGEFI Hebdo

La limitation des parts variables à partir de 2015 contraint les banques à adapter leurs niveaux de salaire fixe.

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Des modèles de rémunération à réinventer
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Bonus différés et en actions, clauses de claw back (non-versement de la part différée en cas de contre-performance), plafonnement des rémunérations variables à partir de 2015 dans les banques… Depuis 2007, date de la première édition de l’enquête annuelle de L’Agefi Hebdo sur les bonus, les règles n’ont cessé de s’accumuler pour encadrer les bonus des professionnels de la finance. Edictés après la crise financière de 2008 pour limiter les prises de risque excessives, les principes du Financial Stability Board (FSB) ont largement été repris dans les directives CRD 3 et CRD 4, bouleversant les politiques de rémunération des banques de l’Union européenne (UE) et leurs filiales à l’étranger. En s’attaquant aux bonus, les régulateurs et les députés européens ont contraint les établissements – les activités de banques de financement et d’investissement (BFI) en particulier – à revoir en profondeur leurs modèles d’incentive afin de fidéliser leurs meilleurs éléments et d’en attirer de nouveaux ; et ce, face à la redoutable concurrence des banques américaines et asiatiques auxquelles ces directives ne s’appliquent pas en dehors des frontières l’UE. « Les banques européennes ne jouent pas à jeu égal avec ces dernières, qui ont maintenant le choix des meilleurs talents », regrette Eric Singer, dirigeant du cabinet de chasse de têtes Singer & Hamilton, partenaire de notre dossier auquel ont aussi contribué Vendôme Associés, Eric Salmon & Partners et Hudson.

Les gérants d’actifs aussi

Principale réaction des BFI basées à Paris pour compenser la baisse des bonus : l’augmentation des salaires. C’est ce qui ressort de l’évolution dont rendent compte les précédentes enquêtes de L’Agefi Hebdo (voir graphiques). Cette tendance est frappante dans certains métiers. Ainsi, depuis 2008, les managing directors en fusions-acquisitions ont vu leur salaire doubler, passant de 200.000 euros à 400.000 euros cette année, tandis que leur bonus a quasiment été divisé par cinq (5 millions d’euros, contre 1,5 million d’euros en 2014). Autre exemple : dans les dérivés actions, les vendeurs seniors ont vu leur bonus d’avant-crise (plus d’un million d’euros en 2008) divisé en moyenne par deux ces trois dernières années alors que leur fixe a, lui, régulièrement progressé pour atteindre 200.000 euros en 2014, contre 125.000 euros il y a six ans.

La flambée des salaires se propage même aux gérants d’actifs, dont les bonus devront être conformes aux directives AIFM et Ucits 5 à partir de 2015. Comme aux banquiers, de nouvelles règles leur imposent des bonus différés et versés pour moitié sous forme d'instruments financiers. Ces contraintes conduisent les sociétés de gestion à envisager des rehaussements de salaires. « Relever les fixes est possible, mais l’Autorité des marchés financiers a clairement indiqué qu’il ne fallait pas contourner les règles », souligne David Masson, avocat chez EY qui intervient auprès de structures de gestion pour les aider à identifier les populations concernées.

Surtout, depuis l’adoption de la directive CRD 4 en avril 2013, un autre élément majeur a incité les banques à revoir les salaires à la hausse : le plafonnement des bonus, appliqué dès l’an prochain. D’ailleurs, lors de leurs assemblées générales qui se tiendront fin mai, les banques françaises feront pour la première fois l’expérience du say on pay. Elles demanderont à leurs actionnaires de voter des résolutions afin de permettre aux bonus de leurs « preneurs de risque » d’atteindre deux fois le salaire fixe. Une majorité des deux tiers sera nécessaire pour que ces résolutions soient adoptées, mais les banques tricolores considèrent déjà la mise en place d’allowances, ces indemnités mises en place dans des banques comme HSBC et Barclays pour contourner la limitation des bonus. Néanmoins, une autre tendance, bien ancrée depuis la crise, vient relativiser cette vague de revalorisation salariale : « Le bonus zéro est une réalité, appliqué et répandu sur toutes les lignes métiers », tient à rappeler Denis Marcadet, président de Vendôme Associés, qui note que « l’insatisfaction est latente dans les banques françaises ». Ces dernières devraient bientôt publier leurs données annuelles sur les rémunérations. En attendant, chez BNP Paribas, on indique qu’« au titre de 2013, l’enveloppe globale des bonus des personnels dont les rémunérations sont encadrées accuse une baisse à deux chiffres ».

Afin de pouvoir se comparer à ses concurrentes, la banque de la rue d’Antin a distingué ses « preneurs de risque », qui incluent notamment les membres du comité exécutif, les responsables des fonctions de contrôle du groupe et certains cadres de sa divison Corporate & Investment Banking (CIB). Au nombre de 400 au niveau du groupe dans le monde, ce sont eux qui seront concernés par le plafonnement des bonus. Par ailleurs, 3.000 salariés font l’objet de rémunérations encadrées. « Les preneurs de risque voient leurs bonus baisser de plus de 20 % en ligne avec les résultats de BNP Paribas CIB, tandis qu’en moyenne, les rémunérations variables des 3.400 salariés concernés par l’encadrement des bonus reculent de plus de 15 % », précise la banque.

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