Donald Trump attaque la règle des résultats trimestriels
Donald Trump a entendu les critiques de nombreux dirigeants de grands groupes américains. Vendredi, dans un tweet, le président des Etats-Unis a indiqué avoir demandé à la Securities and Exchange Commission (SEC) d’examiner les répercussions qu’aurait une modification de la règle de publication des résultats des entreprises cotées, avec une obligation d’information portée à six mois et non plus trimestriellement. «Cela permettrait une plus grande souplesse et économiserait de l’argent», estime Donald Trump, qui dit en avoir parlé récemment avec plusieurs patrons, notamment avec Indra Nooyi, la directrice générale de PepsiCo.
«De nombreux participants au marché, ainsi que la Business Roundtable, dont nous faisons partie, ont discuté de la manière de mieux orienter les entreprises pour avoir une vision à plus long terme… Mes commentaires ont été faits dans ce contexte plus large et comprenaient une suggestion d’explorer l’harmonisation du système européen et du système américain d’information financière», a expliqué vendredi dans un communiqué la directrice générale de PepsiCo, qui quittera ses fonctions prochainement.
S’aligner sur la règle européenne
En Europe, la directive transparence révisée de 2013 interdit aux Etats membres d’exiger une information financière trimestrielle. En France, l’obligation de comptes trimestriels a été supprimée par une loi de 2014. Mais, dans les faits, peu d’entreprises françaises font l’impasse sur l’information trimestrielle, même si celle-ci se limite parfois au chiffre d’affaires et à quelques indicateurs d’activité.
La règle des résultats trimestriels est régulièrement critiquée aux Etats-Unis par les dirigeants. Début juin, dans une tribune cosignée publiée dans le Wall Street Journal, Jamie Dimon, le PDG de JPMorgan, et Warren Buffett, le PDG de Berkshire Hathaway, regrettaient que «les indications sur les performances trimestrielles conduisent à une fixation malsaine sur les profits à court terme au détriment de la stratégie et de la croissance de long terme».
Les investisseurs pas convaincus
Pourtant, la suppression de la règle des résultats trimestriels ne fait pas l’unanimité. La proposition de Donad Trump a suscité de nombreuses réactions. Des investisseurs redoutent que cela réduise la transparence du marché, complique la valorisation des entreprises et donc, au final, rende la Bourse encore plus volatile. Amy Borrus, la directrice adjointe du Council of Institutional Investors (CII), a rappelé vendredi que «les investisseurs [avaie]nt besoin d’informations financières précises et opportunes pour prendre des décisions d’investissement éclairées» et qu’ils «bénéfici[ai]ent d’une réglementation qui garantit que les informations importantes sont fournies rapidement et de manière transparente au marché».
Vendredi, le président de la SEC, Jay Clayton, nommé par Donald Trump, a déclaré que le président américain avait soulevé une «question clé», tout en rappelant que la «Division of Corporation Finance de l’agence continu[ait] d’étudier les exigences en matière de rapports des sociétés cotées, y compris la fréquence des rapports». La SEC a, par exemple, rationalisé en 2016 les règles de publication de certaines informations comptables des entreprises.
A ce stade, la question des résultats trimestriels ne figure pas sur l’agenda de la SEC. Mais si tel était le cas, le débat serait probablement serré, les deux membres démocrates de la commission étant considérés comme favorables au maintien de règles strictes en matière de gouvernement d’entreprise.
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