Dexia constitue un test de plus pour l’Europe
Dexia et ses actionnaires se sont résignés à son démantèlement, même si le terme n’est pas employé. Aucun détail n’a été communiqué hier, mais selon plusieurs sources, le schéma se précise.
Premier point, Dexia cherche des pistes pour assurer la pérennité des activités stratégiques de la banque. «On parle bien de les vendre ou de les adosser. Une solution sera définie pour chaque activité du groupe», indique une source de la banque. Il s’agit principalement de Dexia Crédit Local, et des filiales de banque de détail en Belgique, au Luxembourg et en Turquie (DenizBank). Ces trois dernières cumulaient 88 milliards d’euros de dépôts au 30 juin 2011. Seront également concernées la gestion d’actifs, l’activité de financement de projet, et les 50% dans RBC Dexia. Concernant le financement des collectivités, un projet de société commune entre la Caisse des dépôts (CDC) et la Banque Postale est sur la table.
Deuxième point, les actifs illiquides hérités de la bulle financière («legacy portfolio»), le portefeuille de produits financiers («financial products») et des filiales telles que Crediop en Italie et Dexia Sabadell en Espagne seront isolés pour ne plus peser sur les activités stratégiques. Ils devraient bénéficier de la garantie publique évoquée par les ministres des finances belge et français hier matin.
Ces actifs seront cantonnés dans une structure de défaisance jouant le rôle d’une «bad bank». De source proche de Dexia, l’ensemble devrait représenter «entre 100 et 200 milliards d’euros». «Le cas [du bancassureur] Fortis et la création de Royal Park Investments montre qu’une garantie publique belge et française pour une entité suffisamment capitalisée est une solution viable. Toutefois, il faut rester vigilant: la taille de la ‘bad bank’ serait cinq fois supérieure à celle de RPI et resterait un fardeau longtemps après sa création», souligne Dirk Peeters, analyste pour KBC Securities.
L’avenir de Dexia est donc scellé. Dès lors, le sort des créanciers et des actionnaires minoritaires est en suspens. Première banque à être victime du gel des marchés lié à la gestion de la crise de la dette souveraine, elle fait figure de test à l’échelle européenne.
La lettre ouverte de Deminor, l’organisme de défense des actionnaires, demandant à ce que les minoritaires soient consultés préalablement illustre ces craintes légitimes. Les analystes d’UBS optent pour un scénario rassurant: «Le traitement des détenteurs d’actions sera déterminant dans l’interprétation qui sera faite de toute prochaine restructuration menée par un Etat. Une perte importante, voire totale, de capital serait un précédent négatif. Cette perspective paraît peu probable, étant donné la proportion importante d’entités publiques ou semi-publiques dans l’actionnariat de Dexia». Certains actionnaires belges, comme Ethias, sont déjà dans une situation très tendue.
Mais en l’état, les analystes admettent leur incapacité à déterminer ce qui resterait aux actionnaires. «La restructuration prévue ne permettra probablement pas aux minoritaires de bénéficier de la valeur fondamentale des activités saines – 8 milliards d’euros pour les réseaux et la gestion d’actifs sur une base normalisée. Une valorisation de l’ensemble est dorénavant irréaliste», écrit Jean Sassus, analyste pour Oddo Securities.
Le sort des créanciers est également en suspens. Les détenteurs de dette senior semblent relativement protégés. «La garantie de refinancement sur les besoins futurs de Dexia, en ouvrant l’accès à la liquidité, exclut indirectement la probabilité de défaut et protège la dette non garantie. Une décote semble très peu probable», estime un analyste crédit. Ce qui n’est pas le cas pour la dette subordonnée.
En effet, la mise en place d’une structure de défaisance impliquerait un transfert d’actifs à leur valeur de marché. De nouvelles pertes et une recapitalisation seraient à prévoir. D’autant que «son exposition à la dette souveraine des PIIGS dans le portefeuille bancaire ressort à 2,6 fois ses fonds propres», rappelle Marnik Hinnekens, chez Tullett Prebon, et que de nouvelles dépréciations sur la dette grecque (3,8 milliards) sont à prévoir. Afin d’éviter une injection de fonds propres par les Etats, le groupe compte sur ses cessions d’actifs comme DenizBank. «Un bail-in permettrait, en imposant une décote aux détenteurs de dette subordonnée, de recapitaliser la banque d’autant», ajoute un analyste crédit.
Dès lors la situation de Dexia ne mobilise pas seulement la France et la Belgique. L’Autorité bancaire européenne (EBA) va se réunir aujourd’hui, notamment pour analyser la manière dont le traitement comptable de ses pertes liées aux dettes souveraines a pu ne pas affecter ses ratios de fonds propres réglementaires.
{"title":"","image":"77509»,"legend":"DEXIA STRUCTURE ET CAPITAL»,"credit":""}
Plus d'articles du même thème
-
« Wall Street s’inquiète peut-être, mais Main Street va bien »
Florian Ielpo, responsable de la recherche macroéconomique chez Lombard Odier IM. -
«Notre vision plus constructive reflète une amélioration de l’éventail des opportunités»
Felix Freund, responsable du crédit des marchés développés chez Aberdeen Investments. -
PARTENARIATDette AT1 : trop d’acheteurs pour trop peu de papier ?
Entre offre et demande : décryptage des ressorts techniques d’un marché difficile à ignorer.
ETF à la Une
Defiance lance le premier ETF Ucits dédié aux «Sept Magnifiques»
- Crédit Mutuel Arkéa avoue être victime d'une cyberattaque historique
- Jean-Pierre Thomas (TVI) : «Il n’y a pas de dossier Thomas Vendôme Investment mais un dossier Malakoff Humanis»
- La Société Générale supprime des postes dans sa banque de détail et ses services titres
- Les gérants confirment leur confiance dans les marchés actions américains
- Pour les banques françaises, la défaite de Donald Trump éclipse une décision de Fitch
Contenu de nos partenaires
-
Applaudimètre« Même si vous ne m’aimez pas » : au Bourget, la démonstration de force de Jean-Luc Mélenchon
Devant plus de 20 000 personnes selon les organisateurs, le candidat insoumis a présenté samedi la version actualisée de son programme L'Avenir en commun. Pour espérer battre Marine Le Pen, il compte sur des « causes communes » plutôt que sur des concessions. -
Sécurité européenne : les dirigeants européens rejettent le projet d’accord de Trump avec Moscou
Donald Trump promet la conclusion d’un vaste accord avec la Russie qui pourrait concerner « toute l’Europe ». À quelques jours de la reprise des pourparlers sur l’Ukraine à Abou Dhabi, les Européens préviennent que la sécurité du continent ne se négociera pas sans eux -
Introduction en Bourse d’Anthropic : le krach des valeurs de l’IA fait fondre la valorisation espérée
Après la chute historique du Nasdaq jeudi, les investisseurs intéressés par l’introduction en Bourse du créateur de Claude n’évoquent plus qu’une valorisation comprise entre 1 100 et 1 300 milliards de dollars, très loin des 2 000 milliards encore envisagés début octobre