Comment négocier son salaire quand on travaille dans la finance ?
Des grandes banques aux petites boutiques spécialisées en passant par les cabinets de conseil, l’univers de la finance est vaste et varié. Malgré tout, quand il s’agit de négocier son salaire, un certain nombre d’invariants restent vrais, quel que soit l’environnement.
Pour aider les jeunes professionnels du secteur à mieux aborder ce sujet, à la fois essentiel et particulièrement délicat, François Nouri, ancien directeur des ressources humaines dans la banque et désormais associé au sein du cabinet de chasseurs de têtes Boyden, a accordé une interview à L’Agefi.
L’Agefi : Quel est le meilleur moment pour demander une augmentation de rémunération ?
François Nouri : Il y a généralement deux fenêtres clés pour réclamer une hausse de salaire. Soit au moment de l’évaluation personnelle de performance, qui a souvent lieu une fois par an, soit lors d’un changement de postes et/ou de missions. Certaines entreprises n’acceptent toutefois de ne parler rémunération que lors de l’entretien annuel.
Au-delà du timing, pour demander une augmentation il faut apporter des éléments objectifs qui peuvent être de deux ordres. Il peut s’agir de réclamer un rattrapage car le niveau de rémunération est décalé par rapport à celui d’autres collègues comparables. Ce cas de figure est toutefois de moins en moins courant car les responsables des ressources humaines sont de plus en plus attentifs au sujet. Outre cette situation technique, une revalorisation peut être demandée lors d’un changement de poste ou lorsque le spectre des responsabilités/missions est étendu.
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De manière générale, il faut toujours avoir une bonne justification en lien avec les performances professionnelles, être très concret et ne jamais tomber dans l’émotion. L’erreur ultime à ne pas commettre est celle du chantage à la démission. C’est un fusil à un seul coup très risqué et qui montre que le salarié ne s’intéresse qu’à l’argent. Il peut en outre décrédibiliser totalement la personne qui n’aurait pas le courage de ses convictions en cas de refus.
Par ailleurs, une surcharge de travail temporaire ou la réalisation d’un projet exceptionnel ne justifient pas de réclamer une hausse du salaire fixe. Dans ce cas, mieux vaut tenter d’obtenir une prime ou un geste au niveau de la rémunération variable.
Vaut-il mieux négocier son salaire fixe ou d’autres éléments (variables, primes, intéressements etc.) ?
François Nouri : Dans la finance, les rémunérations variables peuvent être très importantes, surtout dans certains métiers, mais il ne faut pas sous-estimer la valeur du salaire fixe qui sera versé quoi qu’il arrive et qui est la vraie mesure de l’expertise et des compétences d’un collaborateur. Il ne faut jamais oublier que la rémunération variable n’est souvent garantie ni dans son principe, ni dans son montant.
A l’inverse, lors d’une embauche, d’autres composants de la rémunération, tels que l’intéressement, la participation, la retraite complémentaire, le niveau de protection de la mutuelle, une éventuelle voiture de fonction, qui ont en outre l’avantage de bénéficier de traitements sociaux et fiscaux très favorables, ne doivent pas non plus être occultés. Or, ils le sont souvent par les jeunes diplômés.
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Combien réclamer et est-il possible de sortir des grilles de salaires officielles ?
François Nouri : Il est compliqué d’estimer de manière générale le montant parfait d’une augmentation mais, là encore, il faut demander quelque chose qui corresponde à des éléments factuels et ne pas être déraisonnable parce que cela peut donner l’impression que l’argent est le seul moteur.
Les augmentations «à l’ancienneté» ne sont plus d’actualité, notamment dans les banques où les augmentations collectives sont très limitées
Concernant les grilles de salaires, il est vrai que dans les grandes banques, mais aussi dans les cabinets de conseil, les niveaux de rémunérations sont très normés. Cela est toutefois surtout vrai lors de l’embauche de jeunes diplômés, avec des montants liés au statut de l’école de formation, un peu moins ensuite.
Les marges de manœuvre ne sont pas gigantesques car il y a un besoin de cohérence et d’homogénéité qui est demandé par les responsables des ressources humaines mais, en même temps, chaque salarié est différent. Tout reste négociable, à condition d’avoir des éléments rationnels à faire valoir.
Ce que valorise une entreprise, c’est l’impact qu’un salarié a sur son activité. Elle peut aussi valoriser le potentiel du collaborateur, d’où les nombreux programmes «talents» ou autres mis en place dans la plupart des établissements financiers.
Peut-on compter sur une augmentation «à l’ancienneté» ?
François Nouri : Ce type de revalorisation «naturelle» n’est plus d’actualité, notamment dans les banques où les augmentations collectives sont très limitées. Il y a une problématique de réduction du coefficient d’exploitation, ce qui passe par une réduction des coûts et donc, dans un secteur à fort capital intellectuel, par un contrôle attentif de la masse salariale.
Faut-il changer d’entreprise pour être «vraiment» augmenté ?
François Nouri : Il est tout à fait possible d’obtenir des augmentations substantielles en restant dans la même entreprise à condition de progresser régulièrement. Pour être revalorisé, il faut monter en compétences et/ou en responsabilités. Après, statistiquement, il est vrai que le fait de changer d’employeur permet d’obtenir un gap de rémunération.
Il n’y a pas de corrélations fortes entre la taille de la société et le niveau de rémunération
Les grandes compagnies rémunèrent-elles mieux leurs salariés ?
François Nouri : Non, il n’y a pas de corrélations fortes entre la taille de la société et le niveau de rémunération. En revanche, d’importantes différences existent entre les sous-secteurs de la finance. Les salaires sont bien plus élevés dans la banque de financement et d’investissement que dans la banque de détail avec des politiques de rémunération très différentes. Le cas emblématique étant celui des traders qui peuvent toucher d’importants bonus.
Avez-vous des conseils pour les femmes, qui, en moyenne, réclament moins facilement des augmentations de salaire que les hommes ?
François Nouri : Les femmes ont statistiquement plus que les hommes le syndrome de l’imposteur. Il faut passer outre et ne pas hésiter à demander une augmentation lorsqu’on pense que c’est justifié. Ne pas hésiter aussi à comparer son salaire avec celui de ses collègues masculins et à demander un rattrapage en cas d’écart. S’il est avéré, il sera résorbé compte tenu des lois et mesures prises en faveur de l’égalité homme-femme, qui ont d’ailleurs permis de largement réduire les différences de salaires.
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