Claude Bébéar, fondateur d’Axa, est décédé
Le parrain du capitalisme français est mort. Claude Bébéar, fondateur et président d’honneur du groupe Axa, est décédé à l’âge de 90 ans, a annoncé l’assureur mardi dans un communiqué. Figure emblématique du secteur de l’assurance et du patronat français, il avait fait d’Axa un géant mondial pesant 80 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 50 millions de clients et 140.000 collaborateurs, lorsqu’il en avait laissé la présidence du directoire en 2000 à Henri de Castries.
«Vision, audace, service, Claude Bébéar réunissait toutes les qualités de l’entrepreneur d’exception. Son esprit de conquête est à l’origine d’une des plus grandes réussites économiques des 50 dernières années, transformant en moins d’une génération une petite mutuelle normande en un géant mondial de l’assurance», a déclaré Antoine Gosset-Grainville, président du conseil d’administration d’Axa, dans le communiqué.
«Au-delà de l’extraordinaire réussite économique du groupe, Claude s’est montré précurseur et visionnaire dans sa capacité à créer une culture unique, fondée sur un fort esprit entrepreneurial et la conscience aiguë du rôle sociétal de l’entreprise», souligne Thomas Buberl, directeur général de l’assureur.
Le tournant des années 80
Polytechnicien, Claude Bébéar avait été recruté en 1958 par André Sahut d’Izarn, qui dirigeait le groupe des Anciennes Mutuelles d’assurance à Rouen, et cherchait un futur successeur. Jusqu’en 1975, il assumera diverses responsabilités dans le groupe, avant d’en prendre à cette date la direction générale.
La même année, il crée l’Ancienne Mutuelle de Réassurance : l’AMré, qui deviendra Axa Re. En 1978, les Anciennes Mutuelles deviennent Mutuelles Unies, et la Mutuelle Parisienne de Garantie, société d’assurance dommage quasiment en faillite, entre dans le groupe.
Les années 80 sont des années de croissance en France et marquent la création d’Axa. En 1982, il prend le contrôle du Groupe Drouot, alors le premier groupe privé d’assurance, menacé par les nationalisations. Claude Bébéar en prend la présidence, en même temps que celle des Mutuelles Unies. En 1985, le nom Axa est créé. Claude Bébéar abandonne alors la direction opérationnelle des sociétés d’assurance pour prendre une position de PDG.
L’autre tournant majeur intervient dans les années 90. En 1996, Axa achète l’UAP, mise en difficulté par la crise immobilière. Le groupe double de taille en France, atteint une taille critique en Grande-Bretagne, Belgique, Allemagne et renforce sa position dans la plupart des autres pays. Entretemps, Claude Bébéar a continué à faire grossir le groupe par croissance externe, de la Compagnie du Midi en 1988 à la compagnie américaine Equitable Life en 1992.
Lorsqu’il laisse les rênes du groupe à Henri de Castries en 2000, le fondateur d’Axa est aussi une figure tutélaire du capitalisme français. Notamment grâce à son propre club de dirigeants, Entreprise et Cité, qui, jusqu’en 2007, rassemblera «la bande à Bébéar», soit quelques-uns des plus grands patrons du CAC 40. C’est là, notamment, que sera scellé le sort de Jean-Marie Messier à la tête d’un Vivendi emporté par l’hubris de son patron. Libéral convaincu, à l’origine de la création de l’Institut Montaigne, mais farouche détracteur du court-termisme des marchés, Claude Bébéar demeurera président du conseil de surveillance d’Axa jusqu’en 2008. Ayant dépassé les 70 ans, il n’avait pas voulu demander le renouvellement de son mandat.
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