BNP Paribas pâtit de l’escalade des sanctions aux Etats-Unis
Après Credit Suisse, BNP Paribas s’apprête à passer à la caisse aux Etats-Unis. Les fuites savamment organisées dans la presse américaine laissent penser que le groupe français, accusé d’avoir traité des flux en dollars avec des pays sous embargo américain, franchira un nouveau palier dans l’escalade des sanctions infligées aux banques. Une perspective qui a fait reculer l’action de 1,32% hier à 51 euros, à son plus bas niveau depuis octobre.
Les rumeurs évoquent désormais une sanction de 5 milliards de dollars (3,6 milliards d’euros), alors que le chiffre de 2 milliards circulait encore début mai. Une inflation crédible au vu de l’exemple de Credit Suisse, qui a fini par acquitter 2,6 milliards, bien au-dessus des premières estimations. BNP Paribas a provisionné 1,1 milliard de dollars pour ce litige à fin 2013. Si l’on en restait là, la banque engloutirait donc près de 3 milliards d’euros en 2014, la moitié du résultat net annuel attendu par le consensus. Elle «serait capable soit d’absorber toute amende supérieure à la provision grâce à ses résultats, soit de prendre les mesures pour soutenir sa solvabilité si la génération de capital liée aux résultats était sévèrement entamée», estimait hier Fitch.
Contrairement à Credit Suisse, BNP Paribas pourrait aussi devoir limiter ses activités. Les rumeurs évoquent une interdiction temporaire de compenser des flux en dollars aux Etats-Unis. A travers sa succursale de New York, la banque française est membre de Fedwire et de Chips, les deux grands systèmes américains de paiement interbancaire. Le premier, rattaché à la Fed, est utilisé par 7.300 établissements, tandis que le second, privé, rassemble 50 grandes banques internationales. La filiale Bank of the West utilise aussi Fedwire.
Une telle interdiction pénaliserait l’activité quotidienne du groupe aux Etats-Unis, car la gestion des flux constitue l’activité de base d’une banque. Pour éviter la fuite de ses clients, BNP Paribas peut, si on l’y autorise, recourir aux services d’une banque correspondante, moyennant un coût estimé à quelques millions de dollars. La compensation des flux 100% domestiques, par nature sans lien avec les pays sous embargo, pourrait aussi sortir du champ de la sanction.
Le 14 mai, devant ses actionnaires, le directeur général Jean-Laurent Bonnafé avait d’ailleurs estimé qu’il n’y avait aucun sens à lier BancWest et First Hawaiian Bank, ses deux réseaux de détail, à l’enquête sur les transactions en dollars.
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