Amundi et la Société Générale trouvent l’accord parfait
Tout finit par se vendre. Sur le marché depuis plus d’un an et demi, Lyxor, filiale de la Société Générale, a finalement trouvé un acquéreur. Et c’est Amundi, le plus naturel d’entre eux, qui a fini par s’imposer.
Les deux sociétés sont entrées en négociation exclusives pour un rachat de Lyxor par Amundi pour un montant de 825 millions d’euros. En prenant en compte l’excès de capital réglementaire de 70 millions d’euros que recèle la filiale de Société Générale, la transaction revient à 755 millions d’euros pour le plus gros gestionnaire européen.
Selon les chiffres affichés par Amundi, les revenus de Lyxor totalisent environ 200 millions d’euros, pour un résultat net de 35 millions d’euros. En termes de bilan, cette opération aura un impact de 70 points de base sur le ratio de fonds propres durs pro forma d’Amundi (CET1), qui passera de 20% à 13%. Du côté de Société Générale, l’opération devrait avoir un effet positif estimé à environ 18 points de base sur le ratio CET1 du groupe, qui s’inscrivait à 13,4% à la fin 2020. Par ailleurs, la plus-value de cession nette d’impôts, issue de l’opération, serait d’environ 430 millions d’euros pour la banque.
Un milliard... de dollars
Depuis que Lyxor est à vendre, de nombreuses rumeurs ont circulé sur sa valorisation. Longtemps, le chiffre d’un milliard d’euros a circulé. «Finalement, c’est un milliard de dollars», ironise un observateur. «Amundi avait l’avantage d’avoir développé une offre de fonds indiciels cotés quasiment équivalente à celle de Lyxor», expliquait un bon connaisseur du dossier l’année dernière, lorsque le dossier circulait entre les gestionnaires d’actifs potentiellement intéressés. «Et, avec sa place de leader européen, la société de gestion avait tout le temps d’attendre», continue la source.
De son côté, Société Générale n’a jamais caché son désir de se recentrer sur certaines activités, dont la gestion d’actifs ne faisait pas partie et de profiter des cessions pour renforcer son bilan. «Société Générale n'était, a priori, pas en très bonne position pour négocier», estime cette même source.
A la conquête de BlackRock
Si finalement un point d’entente a été trouvé, c’est que les deux parties ont à y gagner aujourd’hui. Amundi, d’abord, se renforce sur les ETF. Ces produits pèsent pour 77 milliards chez Lyxor, soit 63% des actifs cédés (et 60% des revenus), pour environ 64 milliards chez Amundi. Cette acquisition fait passer ce dernier de la place de cinquième européen - derrière BlackRock et ses 463 milliards d’ETF sous gestion en Europe, DWS, Lyxor et UBS - à la place de deuxième. Si avec 142 milliards d’ETF sous gestion, le français reste loin de BlackRock, il pourra revendiquer la place de premier acteur européen sur ces produits.
Ensuite, la corbeille contient aussi plusieurs actifs de valeur pour Amundi. Les 37% de gestion active de Lyxor seront mis à profit dans l’opération. La plate-forme de comptes en actifs alternatifs liquides (des fonds répondant à la réglementation européenne UCITS notamment), qui représente 19 milliards d’euros d’actifs, constituera une bonne porte d’entrée d’Amundi sur une clientèle de banques privées consommatrices de ces produits.
Par ailleurs, Amundi affiche une confiance sans faille sur les synergies qu’il va pouvoir trouver dans l’opération. Celles-ci pourraient se monter à 90 millions d’euros. Elles se décomposent néanmoins en synergies de coûts, pour 60 millions d’euros et en synergies de revenus pour 30 millions d’euros. Les montants des synergies de coûts se révèlent très crédibles, car le coefficient d’exploitation d’Amundi, mesurant les coûts rapportés aux revenus, s’inscrit à 51%, contre 75% pour Lyxor.
La Société Générale a les mains libres
Pour Société Générale, certes le prix de la transaction reste inférieur à un milliard - bien que cet objectif n’ait jamais été confirmé par la banque - mais la banque est aujourd’hui en meilleure posture qu’il y a quelques années. Les besoins en capitaux propres sont aujourd’hui en ligne avec les objectifs que s’est fixés le groupe. Le prix de vente n’est donc pas réellement un problème. Si cette opération arrive à son terme - ce qui est probable - la banque pourra se concentrer sur son nouveau modèle, qui fait la part belle à l’architecture ouverte, reposant sur des partenariats.
D’autant que toutes les compétences de Lyxor ne sont pas cédées à Amundi. La sélection de fonds, dont se sert la nouvelle plate-forme d’architecture ouverte de la banque SG 29, reste propriété de Société Générale. Sur les 600 personnes que compte Lyxor, environ 500 rejoindront Amundi. «Sans départs contraints», affirme Yves Perrier, le directeur général d’Amundi.
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