La vidéo du jour : La saison des AG confirme l’engagement direct des gérants d’actifs
Assemblée générale après assemblée générale, la tendance se confirme : longtemps confiné aux fonds activistes purs et durs, le combat actionnarial autour des résolutions en débat s’étend désormais rapidement aux gérants d’actifs traditionnels, sur des thématiques de plus en plus variées. Au point de mettre en péril certaines majorités qui n’auraient, naguère, guère souffert de discussion.
En témoigne l’assemblée générale d’EssilorLuxottica réunie hier. Une coalition de gérants d’actifs, ulcérés par la tournure conflictuelle prise par les rapports au sein de la gouvernance du groupe fusionné, s’est progressivement formée autour de quelques activistes patentés, pour défier l’actionnaire dominant Delfin, propriété de Leonardo Del Vecchio, PDG du nouvel ensemble.
Quoique contrôlant 31,4% du capital, et malgré un armistice de dernière minute avec Hubert Sagnières, ancien PDG d’Essilor devenu vice-PDG délégué, il lui a fallu le secours tardif, et nullement désintéressé, de la holding des salariés, Valoptec, pour interdire à deux administrateurs indépendants l’entrée du conseil d’administration.
Le faible taux de rejet des deux résolutions soutenant leur nomination, 56% et 65%, montre l’imminence du péril pour Delphin. L’issue du combat ressemble d’ailleurs à une victoire à la Pyrrhus : une forte opposition s’est structurée qui pourra peser sur les débats futurs ou, le cas échéant, voter avec ses pieds. Le cours d’EssilorLuxoticca ne risque pas d’en profiter.
Cet épisode, qui concernait la composition du conseil, marque une nouvelle étape dans l’extension progressive des champs de bataille potentiels, entre les managers et administrateurs et les actionnaires. Il s’ajoute ainsi à un autre sujet de frictions toujours aussi délicat à gérer, le «say on pay», comme le montre le cas CGG.
Pour la première fois, sous l’influence d’une armada de fonds d’arbitrage, la loi Sapin 2 a trouvé à s’appliquer en matière de rémunération, avec le rejet de celle de l’ancien directeur général et celui de la politique globale en la matière, mise en place par son successeur à la tête de l’entreprise.
Quant au PDG de Scor, Denis Kessler, il a lui aussi senti le vent du boulet sur la question de sa rémunération. Mais il a dû aussi batailler sur des terrain plus inattendus, comme celui de sa succession ou de sa double casquette de président et directeur général.
Là encore, un fonds activiste était à la manœuvre, relayé par d’autres investisseurs professionnels. Un cas de figure appelé à se présenter de plus en plus souvent dans l’avenir.
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