L’Europe s’organise doucement pour que ses investisseurs institutionnels financent sa souveraineté

Lors de l’European Finance Forum organisé par L’Agefi le 9 octobre 2025, les panélistes ont dressé un état des lieux du financement de la compétitivité et des secteurs clés, un an après la publication du rapport Draghi.
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De g à d: Alexandre Garabedian, directeur des rédactions de L'Agefi, Emmanuel Duclos, président de Deutsche Bank France, Olivier Mareuse, directeur général adjoint, directeur des gestions d’actifs et du Fonds d’épargne de la CDC, Grégoire Hug, directeur général de WeeFin, Petra Hielkema, présidente de l'Eiopa et Nicolas Calcoen, directeur général adjoint d'Amundi.  -  (L'Agefi)

« Depuis le rapport Draghi sur la compétitivité, beaucoup a été dit mais peu a été fait », entame Emmanuel Duclos, président de Deutsche Bank France lors de l’European Finance Forum organisé par L’Agefi le 9 octobre 2025. Il est rejoint dans ce constat par Petra Hielkema, qui dirige l’Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles (Eiopa en anglais) : « Beaucoup de gens parlent du rapport Draghi, mais j’aurais voulu que davantage de gens le lisent », tacle-t-elle. Toutefois, Emmanuel Duclos estime qu’il y a des points positifs à retenir depuis la parution du rapport sur l’avenir de la compétitivité de l’Union européenne, comme les élections en Allemagne qui se sont traduites par une volonté forte du pays d’investir en Europe. Il juge les banques européennes stables et solides, et rappelle qu’elles financent déjà 70% de l’économie de l’Union. Il attend néanmoins un allègement des exigences réglementaires et prudentielles à leur égard, notamment pour leur permettre d’investir plus dans l’innovation et s’aligner avec les pratiques américaines en la matière.

Petra Hielkema constate avec son œil de régulateur que les compagnies européennes d’assurance présentent des bilans solides, avec un ratio de solvabilité moyen supérieur à 200%. Son analyse se place dans le contexte de la révision en cours de la directive Solvabilité 2, qui bénéficie d’après elle de « l’esprit du rapport Draghi » pour que l’industrie financière soit capable de soutenir l’économie réelle afin de la rendre compétitive. « La revue de la directive Solvabilité va soutenir les efforts en matière d’investissements dans les infrastructures et la défense », explique-t-elle en rappelant que la revue prévoit notamment une diminution de la charge en capital pour les investissements de long terme en actions des assureurs. Toutefois, elle observe qu’il reste encore des défis : « Nous ne voulons pas que les gens épargnent plus, mais qu’ils épargnent différemment ». Elle note que les encours des institutions de retraite européens (fonds de pension, etc), qui pèsent 3.000 milliards d’euros, sont investis à 50% hors d’Europe, et que la fragmentation du marché européen représente un problème pour faire revenir cet argent sur le continent. D’où la nécessité d’une réelle Union de l’Epargne et de l’Investissement.

Financer les secteurs clés

Le besoin de financer les secteurs clés en Europe est également bien compris par la Caisse des Dépôts (CDC). « En tant qu’investisseur de long terme, nous voulons contribuer à relever les défis de la souveraineté en Europe, affirme Olivier Mareuse, directeur général adjoint, directeur des gestions d’actifs et du Fonds d’épargne de l’investisseur public français. Il y a un manque de capital dans les entreprises européennes, et il est nécessaire que les acteurs institutionnels transforment l’épargne en investissement de très long terme. Nous le faisons avec le livret A, et nous prévoyons de l’utiliser pour financer le nouveau programme nucléaire français qui aura besoin de cet horizon de très long terme. »

Avec plus de 60 milliards d’euros investis dans des entreprises cotées de grande taille et plus de trois milliards dans des PME cotées, un fonds de fonds sur les petites capitalisations et un fonds pour accompagner les introductions en Bourse, la CDC appelle à des réductions des exigences prudentielles liées à la détention de ces actions pour soutenir au mieux les entreprises du continent et continuer d’engager avec elles un dialogue pour stimuler leur durabilité.

Olivier Mareuse rappelle également la doctrine de l’institution en matière d’investissement dans les entreprises de la défense et son intégration dans son cadre d’investissement responsable. La CDC a souscrit à des fonds thématiques dans ce domaine et l’investisseur dévoile que la Sicav de Place Emergence abondée par des investisseurs institutionnels va bientôt annoncer la sélection d’un gérant de non-coté pour lancer un fonds défense. Il ajoute que la CDC envisage aussi de réaliser des prêts pour financer des infrastructures de défense comme du logement, des transports ou de la logistique.

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