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Matières premières : le grand retour des actifs tangibles
Pendant quarante ans, un portefeuille composé d’actions et d’obligations a été vendu comme la solution universelle pour l’investisseur. Cette combinaison d’actifs, qui ne réagissait pas de la même manière aux chocs, a largement surperformé les autres classes d’actifs en raison d’un contexte macroéconomique exceptionnel.
Entre 1980 et 2020, la « mondialisation heureuse », marquée par des phases de paix et de prospérité, a permis d’importer de la déflation dans les économies développées. Après le choc Volcker, les taux d’intérêt n’ont cessé de diminuer, de 20 % jusqu’aux valeurs négatives, portés par des injections massives de liquidité. Quand l'économie ralentissait et que les actions baissaient, les banques centrales abaissaient leurs taux, ce qui faisait mécaniquement monter le prix des obligations et garantissait ainsi un rendement intéressant pour le portefeuille équilibré. La corrélation négative entre ces deux actifs était le pilier du modèle.
Depuis 2020, ce pilier s’est fissuré. Avec le retour d’une inflation structurelle, les banques centrales resserrent leur politique monétaire pour contenir la hausse des prix, ce qui fait simultanément chuter les marchés obligataires et actions. La corrélation devient positive, le portefeuille amplifie désormais les mouvements baissiers et n’apporte plus la diversification escomptée. L’allocation traditionnelle est fonctionnelle en période de désinflation et est fondamentalement inopérante en période d’inflation.
La véritable diversification ne réside plus dans la répartition entre actifs financiers, mais dans la répartition entre le financier et les actifs réels. Ce sont des actifs que l’on ne peut pas imprimer, ancrés dans la rareté physique et leurs utilités économiques. On ne diversifie plus seulement pour lisser la volatilité, mais pour sortir du risque de contrepartie étatique et détenir ce que le monde utilise réellement afin de fonctionner. C’est pourquoi les matières premières retrouvent une place centrale, portées depuis 2020 par un déséquilibre structurel entre une offre sous contrainte et une demande soutenue par plusieurs facteurs simultanés.
La transition énergétique, portée par le photovoltaïque, l'éolien et le véhicule électrique, exige des infrastructures massives en métaux, créant une pression durable sur l’offre minière mondiale. Toutefois, l’intermittence inhérente aux énergies renouvelables impose le maintien de sources d'énergie pilotables, principalement fossiles, afin de garantir la stabilité des réseaux et la sécurité d’approvisionnement en énergie. Parallèlement, l’essor des biocarburants redéfinit les filières agricoles, désormais sollicitées pour de nouveaux usages énergétiques qui s’ajoutent à la demande alimentaire traditionnelle.
La révolution technologique, accélérée par l’intelligence artificielle, intensifie cette pression sur les ressources. L’explosion du nombre de centres de données et la modernisation des réseaux électriques augmentent drastiquement la demande en semi-conducteurs, en métaux stratégiques et en énergie. Cette course aux ressources incarne le retour de la compétition entre grandes puissances, où l’hégémonie américaine affronte directement l’ascension chinoise dans une rivalité qui se joue désormais autant sur les matières premières que sur les nouvelles technologies.
Ces tensions technologiques s’inscrivent dans une rupture plus large des équilibres géopolitiques mondiaux. Des rivalités exacerbées augmentent les risques de disruption des chaînes d’approvisionnement stratégiques, comme l’a illustré avec force la crise du détroit d’Ormuz, rappelant brutalement la vulnérabilité des économies modernes face aux chocs sur les marchés physiques de matières premières. La régionalisation croissante et la montée en puissance des industries de défense génèrent par ailleurs une demande spécifique et urgente pour les métaux essentiels à l’armement moderne.
Cette nouvelle grille de lecture bénéficie à l’ensemble des matières premières. Ce que nous observons depuis 2020 n’est pas un simple cycle haussier : c’est le reflet d’un rééquilibrage structurel du monde, dans lequel les actifs réels reprennent toutes leurs importances. Depuis 2020, cette classe d’actifs affiche des rendements annualisés à deux chiffres et permet une diversification structurelle du portefeuille du XXIe siècle.
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