A la source des talents, à la pointe de l’expertise
« Pour un groupe comme BPCE, qui est engagé dans de profondes mutations technologiques, les chaires constituent un maillon important. Elles nous permettent de rester connectés à ce qui se fait de mieux sur le plan académique en matière d’innovation, mais aussi de capter à la source les talents qui vont nous aider à réussir cette transformation. » Directeur général en charge du digital et de la data du groupe BPCE, Yves Tyrode résume ce qui incite les institutions financières à investir dans ces partenariats avec les grandes écoles et les universités. Partenariats qui peuvent avoir des positionnements sensiblement différents.
La chaire Finance et développement durable lancée en 2006 par l’université Paris-Dauphine et l’Ecole polytechnique, et qui est soutenue depuis sa création par Crédit Agricole CIB (CACIB), est dédiée à la recherche. « A l’époque où nous avons signé ce partenariat, nous étions déjà en pointe sur ces sujets, rappelle Gwendoline Mirat, responsable du développement RH de CACIB. Cela avait donc du sens de soutenir ce programme qui constituait un véhicule de financement de la recherche. » C’est dans ce cadre qu’Antoine Rose, 34 ans, a pu mener à bien sa thèse consacrée aux impacts du changement climatique sur les banques de financement et d’investissement. « Après Normale Sup et l’Ecole nationale du génie rural, des eaux et des forêts, CACIB a accepté de financer mes travaux de recherche en m’offrant des conditions de travail privilégiées. » Pendant quatre ans, il bénéficie d’un bureau au sein de l’équipe développement durable d’Eric Cochard, tout en jouissant de l’autonomie nécessaire à ses travaux de recherche. La chaire Data engineering et intelligence artificielle pour la banque et l’assurance mise en place en mai 2018 par Télécom Paris, avec pour partenaire exclusif le groupe BPCE, est quant à elle définie comme une chaire d’enseignement, ainsi que l’explique Yves Tyrode : « L’objectif pour nous est de faire participer nos experts à l’enseignement au sein du cycle ingénieur, mais aussi dans les différents masters et mastères spécialisés de l’école, et de faire travailler les étudiants sur des problématiques concrètes rencontrées par nos équipes. » Pendant son mastère spécialisé big data à Télécom Paris, Abdelfattah Abouelaoualim, 43 ans, a travaillé pendant sept mois sur le développement de modèles de machine learning, à la demande de l’entité 89C3 de BPCE. « Trop souvent, les informations sur les relevés de compte bancaire ne suffisent pas pour savoir à quoi correspondent les dépenses. Avec trois camarades, nous avons développé des modèles utilisant le Natural Langage Processing (NLP) qui nous permettent de donner, dans 70 % à 80 % des cas, le nom de l’entreprise où l’achat a été effectué », assure ce docteur en mathématiques, auteur d’une thèse sur la théorie des graphes et qui a travaillé pendant huit ans chez Bull comme ingénieur R&D.
Visibilité et attractivité
Certains programmes mélangent recherche et enseignement. C’est le cas de la chaire Fintech - Finance digitale inaugurée en mars dernier par l’université Paris-Dauphine, en partenariat avec Mazars et CACIB. « Dans ce programme dirigé par Hervé Alexandre, chercheurs, conseillers scientifiques et doctorants mènent des actions de recherche, mais aussi d’enseignement et de valorisation auprès des étudiants des différents masters finance de l’université », indique Gwendoline Mirat. La chaire « Business analytics for future banking », créée en décembre 2018 entre Natixis, l’École polytechnique et HEC Paris inclut, elle aussi, cette double dimension. « Elle s’est également traduite par la création d’un certificat ‘Data Science for Management’, accessible à l’ensemble des étudiants de HEC Paris et de Polytechnique, souligne Yves Tyrode. Celui-ci comprend des cours théoriques pendant quatre à cinq semaines, et des ‘challenges’ sur des cas d’usage. » CACIB et HEC Paris ont d’ailleurs lancé en septembre un certificat M&A d’une centaine d’heures de cours durant un mois. « Notre investissement dans ce certificat a entre autres pour objectif de rappeler aux étudiants de HEC Paris que nous sommes un acteur majeur dans cet univers en France, ce qui nous amène à recruter régulièrement de nombreux jeunes diplômés pour ces métiers », rappelle Gwendoline Mirat.
Derrière ces chaires et certificats, il y a toujours l’ambition d’attirer les talents. C’est ce qui s’est produit pour CACIB avec Antoine Rose. « Après la soutenance de ma thèse en 2014, j’ai tout naturellement rejoint l’équipe ‘sustainable banking’ de Tanguy Claquin. Le poste que l’on me proposait était en parfaite adéquation avec ma formation académique et mes travaux de recherche. » Recruté comme analyste junior, il supervise aujourd’hui l’origination des financements verts, sociaux et durables pour le Bénélux, les pays nordiques, l’Allemagne et l’Autriche. En raison de leur capacité à attirer les talents, les chaires et les certificats se révèlent complémentaires des forums écoles, comme en témoigne Gwendoline Mirat : « Ce sont des outils de recrutement moins direct, mais ils nous permettent d’échanger à long terme avec des étudiants s’intéressant à nos problématiques. Cela affecte favorablement notre marque employeur, notre visibilité et notre attractivité. » Yves Tyrode est sur la même longueur d’ondes : « Nous réfléchissons à ouvrir le champ des chaires à des territoires comme l’UX ou le ‘design’, et aux écoles de province, afin de faire rayonner la marque employeur du groupe BPCE partout en France. »
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