La génération millennials, terme définissant les individus nés entre 1980 et 2000, est convaincue de la nécessité de l’investissement durable. C’est ce qui ressort d’un sondage sur l’attitude des millennials face à l’investissement responsable mené auprès de 540 personnes – dont 79% de millennials et 56% des sondés basés au Royaume-Uni - durant l’été 2018 par le consultant Kepler Cheuvreux pour le gestionnaire d’actifs australien First State Investments. Interrogé sur le faible échantillonnage considéré pour le sondage, Sudip Hazra, responsable de la recherche durable et de l’investissement responsable chez Kepler Cheuvreux, a répondu qu’il y avait suffisamment de similitudes dans les réponses obtenues auprès des 540 participants pour penser que les résultats auraient été similaires avec un plus grand nombre de sondés. Parmi les enseignements du sondage, First State Investment et Kepler Cheuvreux notent que 57% des millennials interrogés estiment que l’application de critères environnementaux, sociaux et de gouvernance peut stimuler les rendements sur le long-terme. La moitié des sondés appartenant à la catégorie des millennials considèrent que les rendements tirés de l’investissement socialement responsable sont plus faibles et 46% des millennials ayant participé au sondage pensent que l’ISR implique des frais de gestion plus élevés. Plus de 80% des millennials sondés (81%)se montrent intéressés ou très intéressés pour des investissements dans les produits durables ou socialement responsables. Davantage d’éducation autour de ces produits est aussi demandé par les répondants. Autre élément à retenir du sondage, 78% des millennials interrogés sélectionneraient un gérant d’actifs pour son expertise dans l’investissement responsable. «Les millennials n’ont pas besoin d’être convaincus de l’importance de l’investissement durable, c’est la différence avec des générations plus âgées», a déclaré Will Oulton, responsable global de l’investissement responsable chez First State Investments, en marge d’une présentation à la presse de l’étude. Ce dernier juge que davantage de clarté est nécessaire concernant ce que constitue ou non un business durable. Will Oulton fonde ainsi beaucoup d’espoirs sur la future taxonomie européenne qui devrait permettre de définir les activités considérées comme vertes/durables et celles qui ne le sont pas. Selon lui, cela devrait même «aider à stopper le greenwashing.» Un label ISR européen «nécessaire» Aussi le responsable de l’investissement responsable Will Oulton considère-t-il que l’article 173 de la loi sur la transition énergétique – qui oblige les institutionnels français à dévoiler leur empreinte carbone – est un succès et estime qu’une telle législation à l’échelle européenne pourrait bien voir le jour sous peu. D’autres aspects pourraient apporter davantage de clarté et de fonds à l’investissement responsable selon Will Oulton. La réglementation Mifid II tout d’abord qui pousse les conseillers en investissements financiers à demander aux investisseurs retail leurs préférences en matière d’investissement responsable et ensuite la recrudescence de labels ISR en Europe. Will Oulton pense nécessaire la création d’un label ISR européen standard qui soit complémentaire aux labels locaux. Celui-ci pourrait être décerné par une institution comme Eurosif selon le responsable de l’investissement durable du gestionnaire australien. First State Investments, qui voit beaucoup de potentiel dans les objectifs de développement durable mais se concentre sur six thématiques portées par les ODD, ne dispose pas d’une méthodologie d’évaluation d’impact pour ses fonds. Le gestionnaire travaille cependant en partenariat avec l’Institute for Sustainability Leadership de l’université de Cambridge pour tenter de le mesurer. Will Oulton prédit une demande croissante des investisseurs pour ce type d’information de la part des entreprises et possiblement une future régulation. Actuellement, le gestionnaire d’actifs australien n’a exclu qu’un seul secteur, celui des fabricants de bombes à fragmentation et de mines antipersonnel. Une réflexion est en cours au sujet du tabac. Quant au charbon, Will Oulton indique que First State Investments ne détient pas d’entreprises directement impliquées dans l’industrie du charbon mais que la société de gestion y est exposée de façon mineure et indirecte via des entreprises de services. Changement d'ère en France Sur le marché français, Eva Von Sydow, directrice des ventes de First State Investments en Europe, note une évolution sur l’ISR depuis deux ans. «Il y a 10 ou 15 ans, nous avions des clients qui recherchaient un fonds durable sans s’intéresser à ce que contenait le produit et il leur importait peu de recevoir un reporting. Aujourd’hui, nous remplissons des questionnaires de due diligence ISR dans lesquels les questions portent sur la manière de dialoguer avec les entreprises, la liste de celles que nous avons rencontrées, la manière dont on a voté dans les assemblées générales des entreprises investies par First State Investments. Si le dialogue n’amène pas l’entreprise à changer au bout de six mois, nous envisageons de couper la position (…) Beaucoup de clients, notamment dans les pays nordiques, ont une liste noire de 50 à 100 sociétés qu’ils ne souhaitent pas détenir en portefeuille», a-t-elle indiqué. A fin décembre 2018, First State Investments gérait 143,8 milliards de dollars.