La BCE fait sauter tous ses plafonds sur les rachats de dette souveraine
La Banque centrale européenne (BCE) a fait savoir dans la nuit de mercredi à jeudi à certains opérateurs, sans communiqué officiel clair sur son site Internet, qu’elle n’appliquerait plus ses règles limitant les rachats de dette souveraine dans l’application de son programme d’achats d’urgence (PEPP) de 750 milliards d’euros pour contrer les effets de la pandémie de coronavirus.
La BCE a fait modifier mardi les dispositions juridiques en ce sens dans sa propre réglementation, qui stipule qu’elle ne peut pas racheter plus de 33% de la dette d’un pays dans le cadre de ses achats d’actifs habituels.
Après une offensive venue d’Allemagne, la limite de 33% avait été validée fin 2018 par la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), qui avait estimé alors que la BCE ne contrevenait pas à la règle lui interdisant de financer les Etats.
En levant cette limite, «la BCE s’expose à un risque juridique et à un contrecoup politique, mais cette décision historique est en cohésion avec l’annonce initiale du PEPP, qui prévoyait que la BCE puisse revoir ses propres limites», commente Frederik Ducrozet, stratégiste de Pictet Wealth Management.
L’institution de Francfort risque de nouvelles actions en justice de la part des partisans d’une stricte orthodoxie monétaire en Allemagne, où les opposants à l’assouplissement quantitatif ont constamment porté la BCE devant les tribunaux pour ses rachats d’obligations souveraines, l’accusant d’outrepasser ses pouvoirs en finançant directement les Etats.
Jeudi matin, les rendements des dettes souveraines chutaient au fur et à mesure que les marchés intégraient la nouvelle : de -0,29% à -0,33% pour le Bund allemand, de 0,20% à 0,13% pour l’OAT française et surtout de 1,54% à 1,40% pour le BTP à 10 ans italien, qui pourrait profiter particulièrement de cette décision.
Plus d'articles du même thème
-
La BCE exige des banques leur plan de bataille face aux attaques dopées à l’IA
Pour le 31 octobre prochain, les groupes soumis à la supervision européenne doivent transmettre le détail de la stratégie de défense élaborée pour résister aux nouvelles attaques cyber. -
Pour les émergents, le reflux des prix de l'énergie ne conduira pas à des politiques monétaires assouplies
Une dizaine de banques centrales (Afrique du Sud, Indonésie...) ont depuis le début du mois de mars augmenté leurs taux directeurs, estime Julien Marcilly, chef économiste de Global Sovereign Advisory. Les marges de manœuvre pour faire machine arrière s'annoncent étroites. -
La zone franche de Shanghai devient une place majeure de l’internationalisation du yuan
Alors que la Banque Populaire de Chine vient de prendre de nouvelles mesures pour favoriser l’utilisation du yuan à l’international, les échanges via Shanghai sont déjà en hausse et devraient permettre le rapprochement entre yuan onshore et offshore.
ETF à la Une
Les ETF d’actions américaines signent un retour en force au deuxième trimestre
- La nouvelle hausse du Livret A coûtera plus de 800 millions d’euros aux banques
- La Corée, un tigre asiatique qui commence à vieillir
- Christine Lagarde pourrait quitter la BCE plus tôt que prévu à cause de la présidentielle française
- Les actions coréennes approchent du bear market
- L’éthique algorithmique s’imposera bientôt au secteur financier
Contenu de nos partenaires
-
François-Noël Buffet proposé au poste de Défenseur des droits : pourquoi ça coince ?
Emmanuel Macron a proposé de nommer le sénateur LR au poste de Défenseur des droits pour succéder à Claire Hédon. Mais ses positions passées contre le mariage homosexuel ou la PMA crispent la gauche et le monde associatif. -
860 millions d'euros d'économies pour la France : l'Europe revoit les règles du chômage des frontaliers
Le Parlement européen a voté en faveur d’une révision des règles sur l'indemnisation du chômage des travailleurs frontaliers : à présent, c’est le pays du dernier emploi qui versera les allocations chômage des frontaliers, et non plus le pays de résidence. Une victoire pour la France -
Le projet de loi sur la justice criminelle vers une adoption définitive, sans le « plaider coupable »
Députés et sénateurs ont trouvé mercredi matin un accord sur le projet de loi sur la justice criminelle. Le texte porté par Gérald Darmanin devrait donc être adopté définitivement malgré l'examen d'une motion de rejet venue de la gauche