La BCE va préparer les grandes manœuvres de septembre

le 24/07/2019 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La réunion de la BCE suscite de nombreuses questions, mais la plupart des analystes ne voient pas l'institution agir dès juillet.

Mario Draghi, le président de la BCE
Mario Draghi dirigera sa dernière réunion de la BCE le 24 octobre.
(Crédit ECB.)

La Banque centrale européenne (BCE) tiendra jeudi sa réunion de politique monétaire, qui fait l’objet depuis le 18 juin de spéculations diverses sur de nouvelles baisses de taux et sur une reprise des achats d'actifs (QE). Les investisseurs espèrent qu'elle donnera un signal plus clair encore de cet assouplissement attendu pour septembre afin de relancer une inflation toujours basse et de soutenir les exportateurs européens dans le contexte actuel de guerre commerciale. «Le discours de Mario Draghi à Sintra a constitué un tournant majeur, comme un testament qui bloquerait le prochain président de la BCE dans un programme accommodant pour longtemps. Au regard d’un fonctionnement collégial, le Conseil des gouverneurs doit maintenant acter le changement de ‘forward guidance’», estime Franck Dixmier, directeur fixed income monde chez Allianz GI.

La remontée probable de l’inflation de 1,3% actuellement (1,1% pour l’inflation «core») à 1,5% en fin d’année resterait insuffisante pour empêcher ce tournant accommodant. «La définition de la stabilité des prix retenue par la BCE est d’ailleurs en débat et il n’est pas impossible que le ciblage de l’inflation devienne symétrique autour de 2% à l’instar de l’objectif de la Fed», rappelle Axel Botte, stratégiste chez Ostrum. Ce qui justifierait plus facilement un assouplissement prolongé.

La principale avancée de jeudi devrait donc être la confirmation de ce biais accommodant en vue d’abaisser le taux de dépôt - a priori en septembre à l’occasion de la publication des projections économiques actualisées de la BCE et pour 10 points de base (-0,50%) avec un mécanisme par paliers en fonction des réserves déposées par les banques -, puis de relancer un QE, en novembre selon Der Spiegel. Tout autre signal ferait réagir brutalement le marché obligataire, au vu des anticipations actuelles sur les taux. De rares analystes estiment, comme chez Commerzbank, que la BCE pourrait agir dès juillet, «afin de garder la main» par rapport à la Réserve fédérale, dont tout le monde attend une baisse des taux Fed Funds à la fin du mois.

Vers un nouveau QE

Cette réunion visera aussi à ajuster le nouveau QE. Certains estiment les marges de manœuvre réduites sur les obligations souveraines à cause du plafond que la BCE s'est imposé, à hauteur de 33% de l'encours de dette publique par pays, la minorité de blocage en cas de restructuration au regard des clauses d’action collective (CAC) prévues depuis 2013. Pour d’autres, cette limite serait assez discutable : « D’une part, la BCE achète déjà jusqu’à 50% sur les obligations supranationales sans que cela ne pose de problème juridique, a rappelé Benoît Coeuré en juin ; d’autre part, la détention d’obligations d’État par l’émetteur ou par les services gouvernementaux concernés priverait ces derniers de leurs droits de vote, note Louis Harreau, stratégiste chez Crédit Agricole CIB. On pourrait supposer que la BCE est une sorte d’agence gouvernementale, ou du moins les banques centrales nationales qui détiennent techniquement la dette…»

La probabilité grandit également de voir la BCE élargir ce PSSP 2 à un deuxième programme sur les dettes corporate (CSPP 2), «un moyen d’agir plus directement sur l’économie», poursuit Franck Dixmier. Les effets de ces mesures dépendant aussi des banques, la BCE pourrait ensuite réadapter son programme de refinancement ciblé à long terme, dont la phase TLTRO 3 définie en juin doit débuter en septembre.

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