Normes extra-financières : les sujets clés que l’Europe doit encore trancher
Les planètes semblent alignées. « Il existe un très large consensus entre les co-législateurs européens à propos de la directive CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) ce qui, vous n’êtes pas sans savoir, n’arrive pas si fréquemment », relevait Jean-Paul Servais, président de l’Autorité belge des services et marchés financiers (FSMA), lors d’un débat sur le sujet organisé le 17 février par le think-tank bruxellois CEPS. L’objectif de CSRD ? Imposer de nouvelles normes strictes aux entreprises pour la publication de leurs données de performance environnementale, sociale et de gouvernance (ESG).
Priorité de la Présidence française du Conseil de l’UE, le projet de directive pourrait ainsi faire l’objet d’un accord dès jeudi entre ministres, lors d’une réunion du Conseil « Compétitivité ». Plusieurs aspects clés du texte resteront néanmoins à déterminer avec le Parlement européen, qui n’a pas encore arrêté sa propre position de négociation.
A commencer par le champ d’application de la directive, source de divisions au sein du Conseil et entre les eurodéputés. Aux termes du projet présenté par la Commission européenne en mai 2021, les nouvelles normes concerneraient environ 50.000 entreprises sur le Vieux Continent, dont les PME cotées. Ce à quoi les groupes PPE (conservateurs) et ID (extrême-droite) s’opposent au Parlement, invoquant le risque de « charges administratives et financières excessives ». Les PME cotées bénéficieront d’un « régime de déclaration allégé » et d’un délai de trois pour pour se conformer aux normes, leur a répondu Mairead McGuinness, la commissaire aux Services financiers. « Si elles ne fournissent pas la même qualité d’information que les grandes entreprises cotées, [les PME cotées] risquent d'être exclues des portefeuilles d’investissement », a encore plaidé l’Irlandaise.
Une exemption pour les filiales ?
Un argument auquel adhère le rapporteur Pascal Durand, du groupe Renew (libéral). Le député propose par ailleurs de contraindre les filiales à produire un rapport séparé de celui de leur société mère, cette fois en rupture avec le projet de Bruxelles. Soutenu sur ce point par les groupes Verts, S&D et La Gauche, le Français estime que l’exemption prévue par l’exécutif européen autorisant un rapport unique au niveau du groupe « pourrait conduire à l’omission d’informations particulièrement pertinentes aux yeux des investisseurs et des parties prenantes ». « La maison mère et les filiales pourront toujours mettre en commun les coûts », ajoute-t-il.
Un autre point encore ouvert concerne le traitement des entreprises étrangères et des activités en dehors de l’UE. En l’état, le projet concerne les filiales dans l’UE d’entreprises non européennes, ainsi que toute entité étrangère dont les valeurs mobilières sont cotées sur un marché réglementé de l’UE.
Pousser la vision européenne
L’UE ne cache passon ambition de pousser sa vision du reporting extra-financierà travers le monde. Elle se positionne en pionnière alors que se négocient en parallèle des standards internationaux au sein de l’International Sustainability Standards Board (ISSB). D’autant que plusieurs différences de fond opposent le projet européen et les travaux de l’ISSB, reconnaissait le 17 février Patrick de Cambourg, président de la task force du Groupe consultatif européen sur l’information financière (Efrag), l’instance chargée de développer les futures normes européennes.
« Au niveau international, la tendance est de privilégier le climat d’abord, alors que nous pensons que les aspects sociaux et de gouvernance doivent également être couverts », explique-t-il. Les normes que soumettra l’Efrag à la Commission, qui les adoptera ensuite sous formes d’actes délégués, pourraient inclure des informations aussi variées que le bilan carbone de l’entreprise, sa politique en matière d’intéressement et d’actionnariat salarié, le taux d’accidents du travail, ou encore la parité au sein des conseils d’administration.
Deuxième différence fondamentale : le concept de « double matérialité », sur lequel repose la vision européenne. La directive CSRD ne se limite pas à la seule « matérialité financière » - comment la valeur des entreprises est affectée par l’environnement - mais cherche aussi à déterminer comment l’activité d’une entreprise affecte son environnement. « L’ISSB se concentre sur la perspective des investisseurs quand, au niveau européen, nous incluons en plus la perspective des autres parties prenantes dans la société, résume Patrick de Cambourg. Mais les deux peuvent être compatibles. J’espère que l’ISSB regardera ce qui a été fait ici au moment de développer ses propres standards. »
Plus d'articles du même thème
-
Le relèvement des seuils de notification des concentrations satisfait la place
Cette demande de l’Autorité de la concurrence a été intégrée au projet de loi de simplification de la vie économique, qui vient d’être adopté par le Parlement. -
Josselin Kalifa de la CDC co-préside le comité de pilotage de la NZAOA
Josselin Kalifa, directeur du département Gestion des placements (Gestion d’Actifs) de la Caisse des Dépôts, et Toru Shindo, directeur des investissements du fonds de pension du personnel des Nations Unies, ont été élus co-présidents du comité de pilotage de l'alliance des détenteurs d'actifs pour la neutralité carbone (NZAOA). -
La Banque des Territoires organise le recyclage de son capital avec une nouvelle cession éolienne
En cédant un nouveau portefeuille éolien à Octopus Energy Generation, moins d’un mois après une opération similaire avec Axium Infrastructure, la Banque des Territoires confirme sa stratégie de monétisation des actifs arrivés à maturité pour alimenter un flux d’investissement record. -
La France fait un pas de plus vers la transparence des données vertes des entreprises
Le Comité de pilotage des données climatiques a mis en place une plateforme publique sur laquelle les émissions carbone de 4.500 entreprises françaises sont répertoriées. A terme, d’autres pays rejoindront le projet. -
Ecofi anticipe la réforme SFDR
La société de gestion détaille sa lecture des propositions de la Commission européenne et leurs implications pour sa gamme de fonds. -
Groupama AM va sensibiliser les étudiants d’HEC Paris à la gestion d’actifs
La filiale de gestion d’actifs de Groupama signe un partenariat de mécénat auprès de l’école de commerce.
ETF à la Une
UniCredit lance ses premiers ETF en partenariat avec BNP Paribas AM
- Comgest fait face à une forte décollecte au premier trimestre 2026
- Qui sont les plus grands gérants d'actifs du monde en 2026 ?
- Amundi «toujours en phase d'apprentissage» dans la numérisation de fonds
- Arkéa AM se rapproche de son objectif d’encours à 2030
- Morgan Stanley entre dans la danse des ETF bitcoin
Contenu de nos partenaires
-
À Saint-Étienne, le maire souhaite un jumelage avec une collectivité palestinienne.
Nouvellement élu, le socialiste Régis Juanico a annoncé un jumelage avec une collectivité palestinienne en remplacement de celui avec la commune israélienne de Nof HaGalil. Une décision dénoncée par le Crif local. -
Emmanuel Macron et Donald Tusk vont sceller un rapprochement stratégique franco-polonais
Dans une volonté stratégique de souveraineté européenne, Emmanuel Macron se rend en Pologne ce lundi 20 avril pour acter un rapprochement avec son allié polonais, Donald Tusk. -
Viril mais correct« Un pot de gélatine » : Bernard Cazeneuve flingue Olivier Faure et sort de sa réserve pour la présidentielle de 2027
Le Normand a la réputation d’être « violemment modéré ». Ce samedi, il a surtout montré qu’il savait cogner, en ciblant le premier secrétaire du PS sous les rires et les applaudissements de ses soutiens, réunis à l’Assemblée nationale