Moody’s émet une nouvelle alerte sur la finance de l’ombre en Chine
Quelle est l’importance réelle de la finance de l’ombre dans l’économie chinoise? Dans un rapport publié hier, Moody’s estime le total des produits parallèles entre 21.000 et 29.000 milliards de yuans (2,64 et 3,64 milliards d’euros), soit entre 39% et 55% du PIB du pays. Un montant moins important que celui estimé par JPMorgan, de 36.000 milliards de yuans, soit 69% du PIB chinois. L’agence de notation s’inquiète toutefois de «l’opacité associée aux produits de la finance de l’ombre et (de) la menace de pertes et de contagion» systémique.
Bin Hu, vice-président et analyste chez Moody’s, précise que «l’impact de la finance de l’ombre sur les banques dépend du montant, de la période et de l’allocation des pertes potentielles, des variables qui sont actuellement difficiles à estimer compte tenu du manque de transparence et de la rapidité de l’évolution de la finance de l’ombre en Chine».
Or, selon JPMorgan, les produits de gestion de fortune (WMP), qui se sont développés rapidement pour contourner le taux maximum de dépôts imposé par Pékin, sont «typiquement des instruments de court terme (moins de six mois)» et pèsent 28% du PIB chinois.
Consciente du problème de risque systémique posé par ces produits et de l’opacité qui les entoure, l’autorité de régulation bancaire chinoise (CBRC) estimait la semaine dernière dans un rapport le montant total des encours de WMP à 7.100 milliards de yuans fin 2012, détenus à 62% par des particuliers et 32% par des institutions financières. Sur ce montant, 32% sont investis en obligations et produits monétaires, 30% en produits de dette, 11% en actions, et 21% sont détenus sous forme de dépôts. La CBRC a réitéré son intention de renforcer les contrôles sur les WMP ainsi que sur les véhicules de financement aux collectivités locales. Des efforts salués par Moody’s.
Mais le problème est d’autant plus épineux à résoudre pour les autorités que la finance de l’ombre «constitue un chaînon clé de l’intermédiation du crédit qui vient en complément du système financier. Sa croissance en Chine a alimenté les emprunteurs qui ont un accès limité ou pas d’accès aux prêts des banques traditionnelles avec une source alternative de financement, réduisant ainsi la pression potentielle exercée sur les banques pour servir de relais de financement aux segments de l’économie les moins bien notés en termes de qualité de crédit», comme le souligne Bin Hu. Wang Yanxiu, responsable à la CBRC explique en outre dans le Financial News que les WMP ne reprèsentent que 5% des actifs bancaires en Chine, contre 70% aux Etats-Unis en 2008, ce qui laisse encore un «large potentiel» de développement pour ces produits en Chine.
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