L’Etat actionnaire oscille entre modernisation et court-termisme
La mise en œuvre des droits de vote double, qui a valu au passage deux opérations de réinvestissements médiatiques de la part de l’Agence des participations de l’Etat au capital de Renault et d’Air France-KLM, n’a pas été le seul chantier de l’APE depuis un an. Cette dernière a également voulu changer la gouvernance des entreprises de son périmètre (77 au total), rappelle son rapport annuel, qui vient d'être rendu public.
L’Etat actionnaire, à l’aune de la publication le 23 août 2014 de l’ordonnance relative à la gouvernance et les opérations sur le capital des sociétés à participation publique, présente une inflexion dans ses méthodes d’action, avec un cadre juridique plus proche du droit commun des sociétés concernant la nomination d’administrateurs. S’y trouve à la clef une féminisation croissante des administrateurs d’entreprises à participation publique. Au 1er juin 2015, 27,2 % des administrateurs sont des femmes, contre 23,8 % un an plus tôt, et le taux grimpe à 31,4% pour les administrateurs représentant l’Etat, contre 27,8% un an auparavant.
Mais surtout, l’Etat peut désormais piocher «des administrateurs issus d’un vivier élargi, afin de pouvoir bénéficier de leur expérience», alors que seulement 15% des chargés de participation de l’APE possèdent une «expérience de l’entreprise». A cela s’ajoute une distinction claire entre les rôles des administrateurs représentant l’Etat selon qu’ils sont l’émanation de l’Etat client, de l’Etat régulateur ou de l’Etat actionnaire à proprement parler.
C’est d’ailleurs cette dimension qui semble primer sur les autres alors que les dividendes perçus par l’Etat en 2014 s’élèvent à 4,1 milliards d’euros, somme qui contribue «directement au budget». 86% de ces dividendes proviennent de cinq entreprises: EDF, GDF Suez, SNCF Mobilités, Orange et La Poste. Le rendement des titres du portefeuille de l’APE est de 5,3%, contre 3,5% pour le CAC40, alors que dans le même temps, sa valeur a perdu 2,73% entre avril 2014 et avril 2015, en raison des contre-performances d’EDF, contre une hausse de 12,46% pour l’indice parisien sur la même période. C’est cette contradiction flagrante qui avait fait dire à la Cour des comptes il y a quelques mois que l’Etat actionnaire n’était plus stratège. Pour 2015, une baisse des dividendes reçus, à 3,7 milliards d’euros, a été budgétée.
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