Les valeurs refuges perdent de leur attrait
La Banque du Japon devrait encore alimenter demain, lors de sa réunion mensuelle, la rapide correction à la baisse du yen. Une étape de plus dans la rupture que l’on observe depuis début 2013 sur les marchés de change, mais aussi de taux. Le discours moins pessimiste de Mario Draghi, le président de la BCE, début janvier, a entraîné un début de débouclage des positions mises en place depuis le début de la crise financière sur les devises refuges –yen, franc suisse, et même sterling. La Suisse et le Japon ne s’en plaindront pas.
Le mouvement atteint aussi le Bund qui a touché le 17 janvier son plus haut niveau depuis octobre 2012 à 1,61% à 10 ans avant de refluer vendredi, même si les taux des dettes du cœur de la zone euro restent historiquement bas. Le franc suisse dépassait le seuil symbolique de 1,25 contre euro, à 1,2568, ce qui en fait la deuxième devise la plus faible des dix principales devises et fait ressurgir les anticipations que la BNS pourrait relever son seuil de cours plancher de 1,20 actuellement à 1,25.
Mais le mouvement le plus fort reste celui du yen qui affiche la pire performance des dix principales devises des pays développés. «Un niveau de 95 sur le dollar/yen n’est plus à écarter, en particulier si la BoJ relève son objectif d’inflation», estiment les stratégistes change de Natixis. La Banque du Japon devrait répondre aux attentes. Selon des sources convergentes, les membres du comité de politique monétaire se tiendraient prêts, lors de leur prochaine réunion mensuelle de demain, à satisfaire aux exigences du nouveau gouvernement nippon en relevant l’objectif d’inflation à 2% et en s’engageant sur un montant de rachats d’actifs illimité. Une nouvelle rallonge de 10.000 milliards de yens est ainsi anticipée. «Pour atteindre l’objectif de 2%, la BoJ et le gouvernement devront prendre des mesures drastiques», estime JPMorgan.
Reuters fait également valoir que la BoJ pourrait réduire ses taux de refinancement à zéro, contre un taux actuellement compris entre zéro et 0,1%. En outre, le parti au pouvoir (LDP) pousserait, selon la presse japonaise, à combiner interventions sur le marché des changes et assouplissement quantitatif. Une décision qui n’interviendrait, selon Citigroup, qu’après le remplacement de l’actuel gouverneur de la banque centrale, Masaaki Shirakawa, à l’issue d’une des réunions de mars ou d’avril.
Après avoir corrigé pendant deux séances à la hausse suite aux propos du ministre de l’Economie qui s’inquiétait des effets d’une baisse trop rapide de la devise, le yen a repris son chemin baissier vendredi en tombant à 90,21 contre dollar, un plus bas depuis juin 2010. Une rechute due aux propos de Koichi Hamada, le conseiller économique du Premier ministre Shinzo Abe, qui estimait vendredi qu’une parité de 100 contre dollar «est un bon niveau pour le Japon», confirmant ainsi la volonté du gouvernement de poursuivre sa politique d’affaiblissement du yen. «Avec un dollar/yen à 100, le taux de change effectif nominal serait probablement à l’intérieur du canal dans lequel il fluctue depuis 1990», appuie Natixis.
La chute du yen est déjà spectaculaire contre le won coréen, qui s’est apprécié contre yen de plus de 22% depuis début juin 2012, ou le dollar australien, en hausse de près de 20%.
Mais certains stratégistes jugent le mouvement déconnecté des fondamentaux. Citigroup estime ainsi qu’au regard des différentiels de taux de swap à 2 ans, le yen est actuellement sous-évalué de 10% contre euro et de 7% contre dollar.
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