Les économistes pointent du doigt les hypothèses de croissance optimistes du gouvernement
Les économistes et spécialistes des finances publiques chargés de juger de la crédibilité des prévisions macroéconomiques du gouvernement sont sceptiques. Les hypothèses retenues par l’exécutif pour prédire l’évolution des comptes publics sont sujettes à caution pour 2015 et carrément optimistes pour les années 2016 et 2017, juge le Haut Conseil des Finances publiques dans un avis rendu hier.
Cet avis devrait être regardé de près par la Commission européenne car c’est à partir de ces hypothèses que le gouvernement a établi le programme de stabilité détaillant la trajectoire budgétaire de la France jusqu’en 2017. Et c’est notamment à la lumière de ce programme que Bruxelles déterminera début juin si la France tient ses engagements. Si elle estime que ce n’est pas le cas, elle pourrait aller jusqu’à demander une sanction.
Si l’hypothèse de croissance de 1% en 2014 est vue comme «réaliste», le Haut Conseil est beaucoup plus prudent sur l’hypothèse de 1,7% en 2015. Elle «n’est pas hors d’atteinte» mais «le scénario macroéconomique du gouvernement repose sur la réalisation simultanée d’hypothèses favorables», notent les experts. Autrement dit, le gouvernement a une fois de plus de fortes chances de ne pas tenir ses engagements budgétaires dès 2015.
Certes, la Commission table elle aussi sur une croissance à 1,7% l’année prochaine mais c’est sans compter sur les mesures d’allégements de charge et d’ajustement budgétaire annoncées depuis le début de l’année. Pour le Haut Conseil, le gouvernement «surestime» l’impact du crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) et parie sur un effet inhabituellement rapide des allègements de cotisations sur les bas salaires. Bercy table aussi sur un net rebond de la consommation des ménages en 2015, à 1,7% contre 1% en 2014, alors que le niveau de chômage devrait rester élevé. Enfin, le Haut conseil souligne les risques liés à la faible inflation, la force de l’euro ou l’examen des banques de la BCE qui risquent de freiner la reprise.
Les experts sont plus catégoriques sur l’hypothèse d’une croissance de 2,25% en 2016 et 2017 et affirment qu’elle est «optimiste». «Je préfère un gouvernement optimiste parce qu’il met en place des mesures nouvelles dont il pense qu’elles vont avoir des effets en termes de croissance à un gouvernement pessimiste», a rétorqué hier le ministre des Finances et des Comptes publics, Michel Sapin.
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