Les clauses d’action collective font une entrée discrète dans la dette en zone euro
Révolution de velours pour le marché de la dette souveraine en zone euro. Depuis le 1er janvier, toutes les nouvelles obligations à plus d’un an émises par les pays membres doivent comporter des clauses d’action collective (CAC), qui permettent, comme dans le cas de la Grèce en 2012, de faciliter la restructuration de la dette d’un Etat. Les Pays-Bas ont inauguré ce nouveau format mardi, en levant 3,2 milliards d’euros à 3 ans à un rendement de 0,318%. Hier, c’est l’Allemagne qui a placé 4,1 milliards d’euros de titres à 5 ans.
Sur le papier, le changement est majeur, mais l’impact sur le marché devrait rester très limité, selon les professionnels. L’inclusion des CAC dans la dette souveraine accroît la probabilité qu’un Etat décide de restructurer sa dette. Ces titres devraient donc se traiter à un rendement supérieur aux anciennes obligations dépourvues de clauses d’action collective. D’un autre côté, une restructuration préventive diminue aussi le coût d’une restructuration postérieure à un défaut, ce qui accroît le taux de recouvrement attendu des créanciers et permet de faire baisser les spreads.
Le stock de dette «non-CAC» restera de toute façon majoritaire pendant plusieurs années. Les Etats pourront d’ailleurs encore réaliser en 2013 jusqu’à 45% de leur programme d’émission en abondant d’anciennes souches dépourvues de clauses, pour que ces lignes demeurent liquides. «Les Trésors européens auront besoin probablement de 5 à 7 années avant d’obtenir un stock de CAC équivalent au stock non-CAC», calculaient les stratégistes taux de Natixis en décembre. Avant cela, un souverain n’aurait donc pas intérêt à activer les clauses puisqu’il ne pourrait restructurer qu’une minorité de sa dette. Ou, s’il y était obligé, il pourrait inclure rétroactivement des clauses d’action collective dans sa dette émise en droit local, comme l’ont fait les Grecs, ce qui gommerait alors les différences entre les deux catégories d’emprunts.
Pour des pays du cœur de la zone euro comme l’Allemagne ou la France, le débat demeure très théorique. Une prime de risque additionnelle minime pourrait être demandée sur les obligations périphériques. C’est surtout sur le marché des obligations démembrées que l’arrivée des CAC aura un effet, puisque les nouveaux titres (coupons et nominal) ne seront pas fongibles avec les anciens.
Plus d'articles du même thème
-
Le Conseil constitutionnel renforce la protection des tiers saisis face aux mesures de recouvrement
Saisis d'une question prioritaire de constitutionnalité, les Sages ont invalidé une disposition fiscale permettant de faire peser sur un tiers saisi la totalité de la dette du redevable, consacrant ainsi une application stricte du principe de proportionnalité des peines. -
Une fusion transatlantique se profile dans le secteur des ingrédients
Le britannique Tate & Lyle a accepté une offre d’achat en numéraire de son concurrent américain Ingredion, qui valorise sa cible 3,7 milliards de livres dette incluse. -
Revolut viserait d'ores et déjà 115 milliards de dollars de valorisation
La néobanque britannique envisage une nouvelle cession d'actions existantes, selon Bloomberg. Ce nouveau jalon marquerait une nouvelle hausse de sa valorisation par rapport aux 75 milliards atteints en novembre 2025, en vue in fine d'une introduction en Bourse autour de 200 milliards d'ici à 2028. -
Le Crédit Agricole est confronté à la reprise des grandes manœuvres en Italie
La banque verte, comme BNP Paribas, vise de longue date son «deuxième marché domestique», où elle est devenue le premier actionnaire de Banco BPM. Les hypothétiques rapprochements annoncés ces deux derniers jours n’auraient pas les mêmes conséquences pour les deux banques françaises. Le premier est acteur, le second spectateur. -
La dette publique des Vingt-Sept continue de croître
Majoritairement libellée en euros, la dette publique des Etats membres de l’Union européenne s’établit en moyenne à 80% du PIB, sauf dans les pays d’Europe du Sud où elle dépasse les 100%, à l'exception du Portugal. -
Intesa fait entrer la consolidation bancaire italienne dans une nouvelle ère
La plus grande banque italienne a lancé une offre pour racheter MPS-Mediobanca quelques heures après que Banco BPM a fait une proposition similaire. De quoi bouleverser les équilibres de l'ensemble de la finance transalpine.
ETF à la Une
WisdomTree rejoint la course aux ETF spatiaux en Europe
- Derrière l’affaire Uzès Gestion, la délicate question de la direction de fait
- La stratégie d'investissement de détail européenne provoque une poussée de fièvre côté français
- L'allègement du reporting ESG divise à Bruxelles
- Greystar boucle le plus grand fonds résidentiel européen value-add
- Arkéa AM recrute un gérant multigestion
Contenu de nos partenaires
-
Défausse ou défense ?Affaire Lyhanna : Gérald Darmanin renvoie les magistrats à leurs responsabilités
« S’il y a eu des défaillances, il y aura des sanctions », a prévenu le ministre de la Justice, lundi. Encore faudra-t-il qualifier ces éventuelles fautes -
Affaire Lyhanna, justice criminelle : Gérald Darmanin sur tous les fronts
L'examen du projet de loi sur la justice criminelle a débuté lundi à l'Assemblée nationale, par l'audition en commission des Lois du ministre. Au cœur des critiques que suscite l'affaire Lyhanna, le garde des Sceaux doit désormais s'assurer de l'adoption d'un texte dont le contenu crée la polémique depuis sa présentation -
Noir, c'est noirRetraites : l'avenir s'assombrit encore
Les derniers calculs du Conseil d'orientation des retraites aggravent le solde du système, avec un dérapage du déficit à 2,4 points de PIB en 2070