Les banques privées européennes doivent redresser leur rentabilité
Certaines banques privées vont disparaître», tranche Sébastien Lacroix, directeur associé chez McKinsey. Dans sa dernière étude mondiale sur la gestion de fortune, le cabinet de conseil estime qu’un sixième des acteurs européens n’étaient pas rentables l’an dernier. «Avant la crise, en 2005-2007, seules 2% à 3% des banques privées perdaient de l’argent. La proportion des acteurs en perte opérationnelle a été multipliée par dix», pointe le coordinateur européen du rapport.
Une dégradation liée à l’effet ciseau entre, d’une part, la hausse des coûts réglementaires (MIF, FATCA, etc) et, d’autre part, l’érosion des revenus plombés par une collecte faible (égale à un quart de son niveau d’avant crise) et une faible prise de risque des clients. Peu d’acteurs se sont adaptés à cet environnement: seuls 10% ont régulièrement réduit leurs coûts depuis 2009, explique l’étude.
En conséquence, «depuis deux-trois ans, le seuil de rentabilité moyen a glissé de 5 milliards d’euros d’encours à 10 milliards, assure Sébastien Lacroix. La question se pose, pour certains groupes, de vendre leur filiale de banque privée ou d’en racheter d’autres pour augmenter leur taille critique». Le mouvement est déjà visible en Suisse, qui subit aussi la désaffection des clients nord-américains et européens pour les comptes offshore. ABN Amro et Lloyds Banking Group ont ainsi vendu leurs entités locales à UBP. En France, les opérations sont encore rares, mais «de petites franchises indépendantes et des filiales de grandes banques internationales pourraient changer de mains», prédit le consultant.
Pour d’autres, les pertes récurrentes restent supportables. «La liquidité des banques privées (autour de 30% des portefeuilles sont en cash) et leur faible consommation de fonds propres sont intéressantes pour les grands groupes, tout comme la croissance, même ralentie, des actifs des clients fortunés », assure Sébastien Lacroix.
Pour preuve, «les banques et assureurs veulent tous être plus présents, avec ou sans banque privée dédiée, détaille-t-il. Les banques d’investissement et les gestionnaires d’actifs traditionnels se focalisent sur le haut du segment (ultra high net worth individuals et family office) avec lesquels ils veulent développer des relations en direct. Enfin les banques privées en ligne se sont attaquées aux clients moins sophistiqués».
Malgré des contraintes croissantes, la concurrence n’aurait donc jamais été aussi vive.
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