Le référendum britannique suscite les critiques
Le «Brexit» n’est plus tabou. David Cameron, le premier ministre britannique a mis le feu aux poudres hier en s’engageant à organiser d’ici à la fin 2017 un référendum sur le maintien ou non du Royaume-Uni dans l’Union européenne s’il gagne les élections législatives prévues au plus tard en 2015. En mauvaise position dans les sondages, le premier ministre conservateur a pris le risque de s’attirer les foudres des milieux d’affaires de son propre pays et de ses partenaires européens.
Pour David Cameron, il s’agit avant tout de reconquérir une opinion publique gagnée par le sentiment anti-européen, et de satisfaire l’aile eurosceptique de son parti. Le dirigeant plaide en fait pour un réaménagement des termes de l’appartenance de la Grande-Bretagne à l’Union européenne plutôt que pour une sortie pure et simple de l’Union. Il propose un plan en trois étapes: un audit sur les relations entre la Grande-Bretagne et l’Europe, puis l’ouverture de négociations avec les dirigeants européens pour obtenir de nouvelles exemptions, et la tenue d’un référendum.
Les Européens se sont relayés pour critiquer les velléités britanniques de sortir des clous. Berlin s’est montré intransigeant face au risque de voir d’autres pays demander la révision de leurs relations au sein de l’Union. «Picorer à la carte n’est pas une option», a déclaré hier Guido Westerwelle, le ministre allemand des Affaires étrangères. La demande britannique est d’autant plus inopportune que des réformes structurelles doivent venir renforcer la coopération entre les membres de l’Union. La mise en place d’une Europe sur mesure pour les Britanniques compliquerait encore la donne.
Le monde des affaires réuni à Davos est lui aussi monté au créneau pour mettre en garde contre un référendum qui ferait peser une incertitude sur le climat économique. «Pour le milieu des affaires en général, l’intérêt de la Grande-Bretagne sur le long terme est de rester dans l’Union», a déclaré Tidjane Thiam, le directeur général de Prudential cité par le Financial Times.
Les économistes alertent aussi sur les conséquences néfastes pour l’économie britannique. Pour Michael Saunders, économiste chez Citi, une sortie de l’UE pénaliserait la capacité de la Grande-Bretagne à attirer les investisseurs étrangers sur son territoire, et prolongerait ainsi la récession. David Tinsley économiste chez BNP Paribas CIB à Londres, souligne que la Grande-Bretagne verse une contribution nette de 6 à 7 milliards de livres (de 9,5 à 11 milliards d’euros) chaque année à l’Union. Pour les partisans d’une sortie, cette somme pourrait permettre de réduire le budget et le déficit public, explique l'économiste, mais ceux qui défendent le statu quo soulignent que 45% des exportations britanniques se font vers les pays de l’Union.
L’autre enjeu majeur porte sur le risque de voir Londres perdre de son influence en matière de régulation bancaire en Europe en se mettant hors circuit. Sur les marchés obligataires, le taux britannique à 10 ans n’a cependant pas été pénalisé. Il a même un peu reculé hier à environ 2%. La livre s’est inscrite en léger repli à environ 0,83 pour un euro. Les discussions sur l’avenir de la Grande-Bretagne pourraient encore renforcer la pression sur la livre déjà touchée par le mouvement de rupture sur les devises observé depuis le début de l’année.
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