Le PIB américain complique le choix de la Fed
L’activité économique aux Etats-Unis s’est révélée plus dynamique que prévu au deuxième trimestre de cette année. Le PIB a augmenté de 3,7% sur un an selon les statistiques révisées publiées hier. De quoi compliquer encore le choix des banquiers centraux américains. Si la bonne santé de leur économie devrait normalement les conduire à commencer à relever les taux rapidement, les inquiétudes sur le ralentissement chinois et ses conséquences les incitent à la plus grande prudence.
Alors que la croissance de l’activité avait été initialement estimée à 2,3%, le consensus des économistes s’attendait à une révision à 3,2%. La révision à 3,7% a donc été largement saluée par les marchés. Le S&P 500 était en hausse de 2,4% en fin d’après-midi hier et la plupart des indices mondiaux étaient dans le vert. Le prix du pétrole augmentait de quelque 9% à plus de 42 dollars le baril tandis que le billet vert se renforçait et la parité euro/dollar passait à 1,12.
«Les données révisées du deuxième trimestre témoignent d’un rebond plus fort des dépenses de consommation, ce qui devrait ouvrir la voie à une solide croissance au deuxième semestre dans l’ensemble», réagit Jesse Hurwitz, chez Barclays. Si l’économiste considère que ces données sont «encourageantes», il estime qu’elles «paraissent dépassées aux yeux des membres du comité de politique monétaire de la Fed compte tenu de la récente volatilité sur les marchés financiers».
William Dudley, le patron de la Réserve Fédérale de New York et membre du comité de politique monétaire de la Fed, n’a pas caché ses inquiétudes mercredi après que la chute du marché chinois a entraîné les indices mondiaux dans le rouge en début de semaine. «De mon point de vue, à l’heure actuelle, la décision de débuter le processus de normalisation [monétaire] lors de la réunion du FOMC de septembre semble moins irrémédiable qu’il y a quelques semaines», a déclaré le banquier central, faisant allusion aux risques d’un ralentissement économique en Chine et à la chute des prix des matières premières.
Ces déclarations ont modifié les anticipations de beaucoup d’observateurs. Au début de l’été, la plupart des économistes s’attendaient à ce que, lors de la réunion du FOMC du 16 et 17 septembre, la Fed relève ses taux alors qu’ils sont au plus bas depuis 2008. Beaucoup considèrent désormais cette prédiction comme optimiste. «Les remarques de Dudley rendent assez peu probable un début de hausse des taux de la part de la Fed à la réunion du FOMC de septembre», écrit Michael Carey, chez Crédit Agricole CIB. Aux yeux de l’économiste, il y a désormais plus de chances que les banquiers centraux décident de remonter les taux à partir du mois d’octobre même si «un relèvement en décembre est clairement possible».
L’économiste d’UniCredit, Harm Bandholz, a de son côté décidé de reporter sa prévision de hausse des taux de septembre à décembre. «Bill Dudley est ‘une colombe’ en matière de politique monétaire mais il n’aurait pas fait cette déclaration sans le consentement du président [de la Fed] Yellen», justifie-t-il. «Nous sommes de plus en plus inquiets du fait que la Fed prête trop d’attention aux fluctuations de court terme et perde de vue la perspective de long terme», souligne-t-il en revanche.
Plus d'articles du même thème
-
La suspension des derniers modèles d'Anthropic illustre les faiblesses de l'Europe
Le gouvernement américain a ordonné à Anthropic, vendredi, de suspendre immédiatement l’accès à ses modèles d’IA Fable 5 et Mythos 5 pour tous les utilisateurs étrangers. Le modèle d’IA devient un actif stratégique pour Washington, au même titre que les puces et les infrastructures. -
Dassault Systèmes place pour un milliard d'euros d'obligations
L'éditeur de logiciels a également annoncé le refinancement de sa ligne de crédit renouvelable, pour un montant total de 750 millions d'euros, arrivant à échéance en octobre 2026. -
Les banques françaises et étrangères ont un fort appétit en termes de financement
Pour se financer, les entreprises doivent profiter de l'importante liquidité des banques françaises et étrangères tout autant que du marché obligataire jugé très "attractif", par le cabinet de financement Redbridge dans son point sur les tendances des marchés de dette corporate. -
L'euro face au paradoxe des taux
Comme chaque semaine, retrouvez l'analyse de DeftHedge sur le marché des changes. -
EXCLUSIFJean Baptiste Brian (Hg) : «Notre budget interne dédié à l'IA est proche de 100 millions d'euros»
Le co-CEO du gérant de private equity spécialisé dans la tech et les logiciels livre en exclusivité à l'Agefi sa feuille de route sur l'intelligence artificielle ainsi que sa vision sur le marché des sorties et le segment du wealth. -
Renault et Thales présentent 4 Troop, un véhicule tactique destiné aux forces militaires terrestres
Les deux groupes français ont dévoilé ce projet conjoint alors que les constructeurs automobiles s'intéressent de plus en plus au secteur de la défense.
ETF à la Une
WisdomTree dévoile un ETF sur l’ensemble de la chaîne de valeur de l’intelligence artificielle
- BlackRock lance à son tour un ETF arrimé à l’économie spatiale
- Marc Riez (Vega IS) : «Nous avons engagé des discussions avec Novobanco au Portugal»
- L'AMF pourrait ouvrir les OPCVM aux cryptos
- Capital Group s'apprête à lancer ses ETF actifs en Europe
- Le régulateur américain veut encadrer les marchés de prédictions ciblés par les hedge funds
Contenu de nos partenaires
-
TribunePourquoi Jean-Luc Mélenchon est l’antithèse de Jean Moulin
Pour le politiste, il y a « quelque chose d’obscène » à voir l'insoumis agiter le drapeau de l’« antifascisme », en faisant croire à une jeunesse authentiquement anti-RN qu’il s’inscrit dans la lignée des grands résistants. Une posture qui servirait, selon lui, à « couvrir une complicité bien établie avec le régime poutinien » -
Identités« Eux et nous », dépasser le manichéisme
Cette façon de poser le débat est caractéristique du populisme qui désigne des « ennemis du peuple », un peuple qu’il prétend représenter, un peuple pur, qui serait totalement homogène, qu’ils opposent aux élites qui l’ont trahi -
IA : l’UE préoccupée par les restrictions américaines sur les modèles d’Anthropic
La décision américaine d’imposer des restrictions à l’exportation sur les modèles d’IA les plus avancés d’Anthropic suscite les inquiétudes de la Commission européenne, qui redoute leurs conséquences pour les utilisateurs européens