Le Japon parvient à tirer son épingle du jeu dans la guerre des changes
Où commence la manipulation des taux de changes? Hier, Lael Brainard, la sous-Secrétaire au Trésor américain chargée des questions internationales et qui représentera le gouvernement au sommet du G20 vendredi et samedi à Moscou, a soulevé toute l’ambigüité de la question en indiquant que les Etats-Unis «soutiennent l’effort pour relancer la croissance et mettre fin à la déflation au Japon», tout en précisant que le G20 devra «mettre un frein aux dévaluations compétitives». Et de rappeler que «le G7 est depuis longtemps favorable à un régime de taux de change flottants, à part dans de rares circonstances au cours desquelles la volatilité ou les variations désordonnées pourrait nécessiter une coopération».
Des propos interprétés par les marchés comme un feu vert accordé par les Etats-Unis à la politique budgétaire et monétaire ultra-accommodante menée par le Japon qui déclenche pourtant une forte dépréciation du yen. La devise nipponne a ainsi chuté ce matin à 94,46 contre dollar, son plus faible niveau depuis mai 2010 et restait stable face à l’euro à 126,31 après une chute de 2% hier entraînée par les propos de Jens Weidmann, le président de la Bundesbank, qui juge qu’il n’y a «pas de signe sérieux que l’euro est surévalué».
Des propos qui viennent contredire les inquiétudes françaises et du président de la BCE sur les conséquences d’une montée de l’euro sur l’économie de la zone. «On sait que l’euro s’est apprécié fortement ces derniers mois pour des raisons qui sont d’abord positives (...) mais aussi des facteurs qui tiennent à des pratiques plus agressives de certains de nos partenaires», a souligné le ministre des Finances français, Pierre Moscovici, estimant que «le taux de change doit refléter les fondamentaux de l’économie».
Quand bien même le G20 devrait réitérer sa déclaration d’intention de voir le niveau des taux de change évoluer librement sans manipulation de cours, «le yen devrait continuer à s’affaiblir tant que le G20 n’adopte pas une position claire de condamnation du Japon», estime Barclays. Difficile quand dans le même temps, la vice-présidente de la Fed Janet Yellen a maintenu un biais fortement accommodant en estimant que l’autorité américaine pourrait conserver sa politique de taux planchers, même une fois le taux chômage serait revenu sous le seuil des 6,5%.
Haruhiko Kuroda, président de l’ADB et candidat à la tête de la BoJ, s’est montré confiant quant à la capacité de la banque centrale de doper la croissance et mettre fin à la déflation en maintenant son biais fortement expansionniste.
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