Le coût de la restructuration bancaire amène Moody’s à dégrader l’Espagne
Les agences de notation continuent inlassablement de mettre la pression sur les pays périphériques qui n’en ont vraiment pas besoin et toujours au moment le plus inopportun. A quelques heures de la publication par la Banque d’Espagne du rapport sur les exigences de capitaux propres des banques espagnoles (lire ci-dessous), Moody’s a annoncé hier, avant bourse, l’abaissement d’un cran de la notation de l’Espagne, qui est passée de «Aa1» à «Aa2». L’agence a maintenu la perspective de la note à «négative». En réaction à la décision de l’agence, les taux à 10 ans espagnols se sont tendus de 4 pb à 5,55% en matinée.
La rétrogradation intègre le scénario d’un coût de la restructuration bancaire dépassant les hypothèses du gouvernement espagnol et d’une hausse supplémentaire du ratio de dette publique. La Banque d’Espagne a estimé hier que les besoins de capitaux n’excèderaient pas les 15 milliards d’euros ou 1,5% du PIB. La société d’analyse, elle, a réévalué ses estimations de coûts de 17 milliards à 40-50 milliards. La re-réglementation et les travaux du Comité de Bâle ont probablement pesé dans l’argumentation de Moody’s. L’agence justifie sa nouvelle estimation par une définition des instruments de capital éligibles qui s’est rétrécie et des exigences en capital qui ont été relevées à un ratio core de 10% pour les institutions qui ont une base d’investisseurs privés limitée et sont tributaires du financement de gros. Dans un scénario de stress, l’agence va jusqu’à prédire des besoins de recapitalisation de 110-120 milliards.
Mais les craintes de l’agence portent aussi sur la capacité du gouvernement à améliorer structurellement et de manière soutenable les finances publiques, au vu de la perspective de croissance modérée, à court moyen terme, et du contrôle limité de l’Etat sur les financements des gouvernements régionaux. En 2010, neuf communautés autonomes sur dix-sept n’ont pas respecté leur objectif de déficit de 2,4% du PIB. Cette année, leur objectif de déficit est de 1,3% en 2011. Le scénario de PIB de Moody’s est celui d’une hausse de +0,8% du PIB en 2011 après -0,1% en 2010 et d’un taux de chômage toujours élevé.
En rétrogradant l’Espagne à Aa2, Moody’s s’est aligné avec S&P (AA), mais reste un cran en dessous de Fitch (AA+). Alors que les marchés ont les yeux rivés sur le sommet de ce soir, les taux à 10 ans espagnols ont fini par refluer à 5,50%.
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