Le coup de froid devrait se prolonger pour les secteurs industriels français
Les contraintes accrues de l’orientation budgétaire nettement restrictive en France devraient conduire à une croissance moyenne de l’activité d’au plus 0,4% cette année après +0,1% en 2012, estime le Crédit Agricole-LCL dans ses dernières prévisions par secteurs. Pour que le déficit public atteigne la cible de 3% du PIB fin 2013, l’effort à concéder, proche de 40 milliards d’euros, représente en effet 1,9 point de PIB. Cet ajustement sera obtenu à 75% par une hausse des prélèvements fiscaux et sociaux et le reste par un freinage des dépenses publiques, rappellent les économistes de la Banque. Mais ils estiment qu’une partie de la pression fiscale supplémentaire qui s’exercera sur les ménages pourra être absorbée par une légère baisse du taux d’épargne, «étant donné que les hausses d’impôts seront davantage concentrées sur les hauts revenus et les revenus du capital». Malgré une absence d’inversion de la courbe du chômage, le pouvoir d’achat se redresserait très légèrement cette année grâce au repli de l’inflation (1,7% contre 2% en 2012) et à la création prévue de 100.000 emplois d’avenir qui amortirait partiellement la destruction des emplois marchands. Ceci conduirait à une hausse de 0,3% de la consommation privée, après une stagnation l’an dernier.
Bien que ciblées sur les grandes entreprises, les hausses d’impôts devraient avoir un impact étendu, en raison de pressions importantes sur les sous-traitants. La baisse du taux de marge de ces sociétés, visible depuis 2010, devrait donc empirer et favoriser l’attentisme en matière d’investissement (+0,1%). Et l’environnement européen peu porteur aboutira à une contribution négative (-0,2 point) du commerce extérieur, compensée par un moindre déstockage.
Dans ce contexte difficile, plus de 80% des 32 secteurs de l’économie françaises analysés afficheraient une croissance nulle ou négative (cf. graphique). Les engrais, en tête du palmarès, bénéficieront de la mise en service de nouvelles unités de production en France et d’une demande mondiale soutenue. La bonne tenue du grand commerce «sera le simple reflet de l’inflation sectorielle», tandis que celle des composants électroniques proviendrait d’une reprise disparate attendue au second semestre. La construction aéronautique constitue le seul grand secteur industriel toujours bien orienté grâce à l’augmentation des cadences de l’aviation civile, même si «les besoins de financement induits devraient conduire les équipementiers à contenir la croissance des moyens de production».
Parmi les secteurs enregistrant une baisse notable de leur production, on trouve surtout la filière du BTP, qui représente près d’un tiers de la valeur ajoutée de l’industrie française, et l’automobile qui entraîne dans son sillage plusieurs activités connexes. Dans le bâtiment, le marasme économique persistant et la réduction des aides d’Etat entraîneront un retournement cyclique fort dans le neuf, tandis que les travaux publics seront affectés par les restrictions budgétaires des collectivités locales. Le repli de l’industrie automobile traduit l’inflexion toujours négative des marchés européens, combinée à un mix-produit et à une orientation géographique défavorables de la production française. Enfin, la chute de 7% de la construction et réparation navale aurait été deux fois plus importante si la commande d’un paquebot géant n’avait donné en fin d’année une bouffée d’air aux chantiers de Saint-Nazaire.
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