Le Brésil opère un changement de cap drastique de sa politique monétaire
La chute du réal, qui s’est déprécié de 9,3% contre dollar depuis le 8 mars, entraine un changement de cap drastique de la part des autorités brésiliennes. Dernier revirement en date, l’annonce surprise de la suppression de la taxe dite IOF de 6% imposée aux acheteurs étrangers d’obligations domestiques brésiliennes. «Nous avons observé une réduction des liquidités internationales arrivant au Brésil. Nous enlevons donc les obstacles aux entrées de capitaux», a expliqué le ministre des Finances, Guido Mantega.
Exit la guerre des changes, avec un réal qui a chuté vendredi à son plus bas niveau depuis le mois de mai 2005. «Avec le retour à la normale sur les marchés et la possible réduction du programme de rachat d’actifs de la Fed, nous pouvons lever cet obstacle», ajoute Guido Mantega. Barclays estime ainsi que la suppression de la taxe pourrait conduire à une appréciation automatique de la devise brésilienne pour tester le niveau de 2,05 contre dollar. « Par ailleurs, le portage très attractif offert par le Brésil pourrait favoriser un mouvement d’aplatissement de la courbe », estime Barclays.
Pourtant, le directeur du comité de politique monétaire de la banque centrale brésilienne, Aldo Mendes, semblait plus résigné à laisser jouer les forces de marchés en soulignant hier depuis Londres que dans la mesure où la dépréciation du réal «est en ligne avec les autres devises, il n’y a rien que nous puissions faire».
«La décision surprise prise la semaine dernière par la banque centrale de relever ses taux directeurs de 50 bp et la suppression de la taxe IOF traduisent toutes deux un changement de cap de la part des autorités», estime Nomura. La chute du réal a ravivé les tensions sur les prix, avec une inflation au niveau de la limite haute de 6,5% tolérée par la banque centrale. Si Guido Mantega s’est défendu d’avoir été motivé par ce but, ces mesures auront pour effet de calmer les tensions inflationnistes dans le pays.
«La suppression de la taxe lève une barrière importante qui empêchait les investisseurs étrangers de liquider leurs positions de taux dans le pays. Ce qui pourrait avoir pour effet d’accroître la volatilité du taux de change dollar-réal, particulièrement dans les moments de tension sur les marchés de capitaux internationaux», estime néanmoins Barclays. Et d’ajouter que la banque centrale devra certainement intervenir plus fréquemment sur le marché des changes pour réduire la volatilité excessive du réal.
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