«La zone euro est la grande perdante de la guerre des monnaies»
- L’Agefi : Pensez-vous que nous sommes entrés dans une période de «guerre des monnaies» ?
- Philippe Sabbah : Les marchés des changes ont effectivement évolué vers une «guerre des monnaies» qui s’intensifie. Les efforts des Japonais pour abaisser leur taux de change afin de stimuler la compétitivité du pays ont déclenché des réactions. Des décideurs politiques européens ont exprimé leurs inquiétudes. La zone euro est aujourd’hui la grande perdante de cette «guerre». La fermeté de la monnaie unique, aggravée par un remboursement des LTRO plus important que prévu, nuira probablement à la croissance de la région. Certains pays ont de leur côté opté pour une politique de dépréciation de leur monnaie, utilisant cet outil pour obtenir une plus grande part de la maigre croissance mondiale au détriment d’autres Etats. De nombreuses devises émergentes se sont aussi dépréciées par rapport à l’euro. Cependant leurs fondamentaux demeurent solides et nous pensons qu’elles ont de ce fait la capacité de se renforcer à long terme.
- Comment voyez-vous évoluer l’euro/dollar à moyen terme ?
- Le dollar a récemment connu une faiblesse, enregistrant une performance de -1,9% en janvier 2013. Cependant, nous ne pensons pas que cette tendance se poursuivra à moyen terme. La situation aux Etats-Unis n’est pas si sombre. Le compromis sur la falaise fiscale, les dépenses de consommation et les investissements faisant preuve de vigueur, le renforcement des marchés de l’immobilier et de l’emploi sont autant de signes sous-jacents qui pointent vers une reprise qui, même si elle est lente, demeure continue. De plus, l’euro n’est pas forcément perçu comme une monnaie sûre. Mais la situation peut évoluer rapidement. Nous restons donc prudents sur le dollar et gardons un positionnement neutre sur la devise.
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