La restriction des liquidités en Chine fait sentir ses effets
Jusqu’où les autorités chinoises sont-elles prêtes à aller pour resserrer les conditions de crédit? Si des rumeurs de marché ont fait état d’une injection de liquidités de 50 milliards de yuans par la PBOC, les taux monétaires chinois restent historiquement très élevés. Le taux au jour le jour est certes redescendu de 442 pb vendredi, mais reste à 8,43%, et le taux à 7 jours à 8,50%, après s’être envolé brièvement à 25%. «Il s’agit d’un credit crunch induit par la politique des autorités. La PBOC souhaite faire comprendre aux petits prêteurs, qui empruntent sur le marché interbancaire, qu’ils doivent conserver une part plus importante de réserves de liquidités qu’auparavant», estime ING.
En cause: le maintien de la croissance du crédit à un rythme annuel de 22%, bien supérieur aux taux de croissance du PIB, autour de 7,5%. «Cette hausse du crédit a accru les risques au sein du système financier, sans pour autant apporter une contribution significative à la croissance économique réelle», estime GaveKal. La PBOC aurait même prévenu les banques commerciales de ne plus compter indéfiniment sur un flux de liquidités abondant et enjoint aux «big four» du secteur de renforcer leurs réserves de liquidités, selon Reuters. De quoi doucher tout espoir d’une baisse des taux ou du ratio des réserves obligatoires.
Si ING estime qu’il s’agit d’une alerte de court terme et que «dès que le message sera passé, le taux à un an reviendra autour de 3% d’ici juillet», cette politique n’est pas sans risque à court terme. Fitch estime que «la persistance de conditions de crédits resserrées dans le système financier chinois pourrait restreindre la capacité de certaines banques à faire face en temps et en heure à leurs obligations de remboursement sur le produit de gestion de fortune (WMP)». Ce sont 1.500 milliards de yuans qui arrivent à maturité sur ces produits sur les dix derniers jours de juin. Et les petites banques, qui concentrent 20% à 30% des dépôts en WMP, sont les plus exposées.
Cette politique commence déjà à peser sur le financement des entreprises, avec un rendement des obligations corporates AAA à un an qui s’est envolé de 121 pb en juin à 5,15%, avec une chute des émissions de 56%, à 160,2 milliards de yuans en juin. Mercredi, l’Etat doit émettre 13 milliards. Frances Cheung, stratégiste chez CA CIB, anticipe des rendements en hausse entre 2,85% et 2,95% sur la partie à 10 ans.
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