«La Grande-Bretagne ne peut plus avoir le passeport financier européen»
L’Agefi: Après le Brexit, la finance britannique peut-elle conserver son passeport européen?
Yves Perrier : La Grande-Bretagne ne peut plus avoir le passeport. Sinon la place de Londres aurait les mêmes avantages qu’avant en termes d’accès au marché européen mais avec une fiscalité plus favorable et une régulation plus souple. L’Europe doit être une puissance dont les membres partagent les mêmes règles de jeu et qui protège ses intérêts, et pas seulement un marché ouvert à tous.
La gestion continentale peut-elle pâtir du Brexit?
La fin du passeport ne devrait pas être préjudiciable aux sociétés européennes basées au Royaume-Uni, qui reste un marché peu ouvert aux gérants continentaux. L’industrie européenne a les atouts pour se développer sur son marché et dans des zones à forte croissance telles que l’Asie.
Cela passe-t-il par une accélération de l’Union des marchés de capitaux (UMC)?
Pour l’instant, il n’y a pas eu beaucoup d’avancées concrètes sur l’UMC même si l’annonce des plans d’épargne retraite individuels européens est une bonne nouvelle. La priorité va être la question du Brexit. Pour la gestion d’actifs, nous demandons qu’il n’y ait pas de désavantage compétitif par rapport à nos grands concurrents, principalement américains. Il ne serait pas acceptable que les acteurs d’autres zones puissent distribuer des fonds en Europe si l’on ne peut pas distribuer des fonds chez eux. Le Brexit est une opportunité pour « remettre les pendules à l’heure » sur la réciprocité d’accès aux marchés.
Faut-il rapatrier les chambres de compensation en euro sur le continent?
Compte tenu de leur caractère névralgique pour le système financier, je n’imagine pas que le régulateur et le superviseur européens acceptent qu’elles ne soient pas sous leur contrôle.
Paris peut-il sortir gagnant du Brexit?
Depuis deux ou trois ans, s’est manifestée une volonté commune de tous les acteurs de promouvoir la Place, et pas seulement de la réguler. C’est important car si Londres est devenue une des premières places financières mondiales, c’est le résultat d’une stratégie mise en place il y a trente ans.
La réforme du régime des impatriés suffit-elle?
C’est une bonne chose, mais le taux d’impôt sur les sociétés en France est de 33% quand il va passer à 17% à Londres. De plus, la taxe sur les salaires est une spécificité française et notre fiscalité de l’épargne demeure confiscatoire. Quand vous additionnez la fiscalité sur les revenus des investissements à l’ISF, vous arrivez à un taux de fiscalité de 70% sur les revenus du patrimoine. Il faut favoriser les investissements longs et risqués, plutôt que les courts et moins risqués tels que le livret A.
Le groupe de travail Frog suffira-t-il à renforcer Paris face à Luxembourg?
Le Luxembourg s’est développé en bâtissant un écosystème autour de la fonction de dépositaire, de façon à créer un quasi-label de distribution. Nous avons la capacité de faire aussi bien, voire mieux, et nous ferons des annonces à la fin du mois.
Comment la gestion d’actifs française se porte-t-elle?
Le marché français a subi une forte décollecte entre 2011 et 2014, contrairement aux autres pays européens. C’était lié aux problèmes de liquidité des banques qui ont privilégié l’épargne bilancielle, et à l’attractivité du contrat d’assurance-vie en euro. La profession a su compenser cette situation par son développement à l’international. Les actifs gérés pour le compte de clients étrangers ont progressé de plus d’un tiers en cinq ans, pour atteindre 500 milliards d’euros sur les 3.600 milliards gérés en France.
Comment la gestion peut-elle faire face aux taux d’intérêt très bas?
Il faut aller chercher le rendement où il est, notamment dans les «actifs réels» (immobilier, private equity, etc). Il faut aussi réduire les coûts en optimisant toutes les composantes de la chaîne de valeur (informatique, coûts de transaction, gestion des données…). L’adaptation peut enfin passer par des consolidations pour faire jouer les économies d’échelle, et par la création d’un environnement favorable aux sociétés de gestion entrepreneuriales.
Faut-il craindre le risque systémique de la gestion?
L’asset manager ne porte pas de risques mais les gère pour compte de tiers. Néanmoins, il a la responsabilité de garantir la conformité de ses produits à ses engagements. Chaque société doit développer des contrôles de risques et avoir des tests de résistance de liquidité fond par fond. Les plus grands gestionnaires mondiaux doivent aussi avoir une surface financière (fonds propres, lignes de refinancement) suffisante pour absorber des chocs systémiques.
Plus d'articles du même thème
-
La cotation de SpaceX nourrit l’attractivité de l’investissement spatial
Dans le sillage de l’entrée en Bourse de SpaceX vendredi 12 juin, la «commercialisation de l’espace» va devenir économiquement viable, relèvent deux études. Plusieurs secteurs connexes s’avèrent attractifs pour les investisseurs. -
Bayer est confronté à des échéances judiciaires majeures aux Etats-Unis
La Cour suprême rendra en juillet sa décision dans l’affaire Durrell, tandis qu’un tribunal du Missouri doit avaliser le règlement amiable d’une action collective visant le groupe allemand. -
Les députés pourraient adopter dès le mois de juin l’encadrement des Ocabsa
La proposition de loi du député Gérault Verny, imposant l’obtention d’un agrément de prestataire de services d'investissement (PSI) pour proposer ce type de financement dilutif, est déjà soutenue par les régulateurs. -
Un élan de simplification agite l’Union européenne
La priorité accordée par la Commission européenne à la « simplification administrative » depuis début 2025 n’a rien d’un slogan. Face au constat d’un fardeau de régulations souvent trop complexes, parfois redondantes, pénalisant la compétitivité à travers les Vingt-Sept, le principal organe exécutif de l’UE a lancé une vague de rationalisation bureaucratique sans précédent. -
Le régulateur américain veut encadrer les marchés de prédictions ciblés par les hedge funds
Cette proposition de la Commodity Futures Trading Commission intervient dans un contexte où des hedge funds constituent des équipes de trading pour investir sur les plateformes de paris comme Polymarket. -
BlackRock mise au moins 5 milliards de dollars sur SpaceX
SpaceX d’Elon Musk s’apprête à réaliser la plus grande introduction en Bourse de l’histoire, en cédant 75 milliards de dollars d’actions en une seule opération.
ETF à la Une
BlackRock lance à son tour un ETF arrimé à l’économie spatiale
- BlackRock lance à son tour un ETF arrimé à l’économie spatiale
- Jean-Baptiste Delabare (Montpensier Arbevel) : «La fusion nous a apporté une diversification que nous n'avions pas»
- Marc Riez (Vega IS) : «Nous avons engagé des discussions avec Novobanco au Portugal»
- Capital Group s'apprête à lancer ses ETF actifs en Europe
- L'AMF pourrait ouvrir les OPCVM aux cryptos
Contenu de nos partenaires
-
Tribune libreLa solidarité mondiale a besoin d’un nouveau modèle : la France peut continuer à ouvrir la voie
Face au repli des grandes puissances sur l’aide au développement, la France doit impulser un nouveau mouvement pour ranimer la solidarité mondiale, estiment dans cette tribune Philippe Douste-Blazy, Elisabeth Moreno et Yann Borgstedt -
Anthropic contraint de suspendre l’accès à son modèle d’IA Fable sur injonction de la Maison-Blanche
Le géant de l'IA a suspendu, vendredi 12 juin, l’accès à ses modèles Fable 5 et Mythos 5 après une injonction des autorités américaines. En Europe, cette décision relance le débat sur la dépendance du continent aux modèles d’IA venus des Etats-Unis -
Feu rougeFin du coup de pouce à la pompe pour les automobilistes allemands
La ristourne fiscale de 17 centimes par litre de carburant prendra fin le 30 juin. La coalition droite-gauche du chancelier Merz étudie des alternatives pour redonner du pouvoir d'achat aux Allemands