La gestion française résiste à la déprime
Malgré une nouvelle année de décollecte, le nombre de sociétés de gestion françaises a atteint un nouveau pic. A fin 2012, le marché tricolore comptait 604 entités de gestion (voir graphique). «Avec 34 créations brutes et cinq en net, le mouvement de créations mais aussi de fusion, réorganisation et consolidation se poursuit», note l’Association française de la gestion financière (AFG) dans son bilan annuel. Les nouveaux entrants sont toutefois moins nombreux qu’en 2011 (39) et 2010 (53).
Les deux tiers des créations sont des structures entrepreneuriales. Celles-ci demeurent une spécificité du marché français, où 79% des sociétés comptent moins de 20 salariés, selon la dernière enquête de l’Autorité des marchés financiers (AMF), portant sur l’exercice 2011. Ces boutiques sont aussi les premières concernées par les fusions-acquisitions dans le secteur. Le cabinet Deloitte a recensé 13 opérations l’an dernier, touchant principalement les petites maisons. Il pourrait y en avoir d’autres, sachant que les vingt plus gros acteurs français (dont un seul entrepreneurial) concentraient 73% des encours fin 2011, d’après l’AMF.
Dans les véhicules d’investissement, la rationalisation est déjà bien avancée.Le nombre de fonds communs de placement (FCP), approche désormais les 6.700, après une baisse de 1.000 unités depuis le sommet de septembre 2008, au moment de la faillite de Lehman Brothers. Pour la première fois depuis 2006, les Sicav sont plus nombreuses que les FCP et se stabilisent autour de 6.800 unités.
A l’échelle européenne, les produits français continuent de perdre du terrain. L’Hexagone reste la première place de gestion financière, «mais par une marge désormais étroite», pointe l’AFG. Avec 19,1% de parts de marché, la France est talonnée par l’Allemagne et le Royaume-Uni, tous deux à 19%. En termes de domiciliation des fonds, le Luxembourg «consolide son premier rang en Europe» avec 26,7% du marché contre 16,8% pour la France, deuxième devant l’Allemagne, stable, et l’Irlande, en forte croissance.
En valeur absolue, le marché fait de la résistance. En additionnant les fonds (1.506 milliards d’euros à fin 2012) et les mandats (1.426 milliards), les encours totaux sont en hausse de 5,9%, à 2.932 milliards d’euros. Le record de 2010 est battu grâce à la mode des fonds communs de titrisation (200 milliards d’actifs) et à « des effets de marché largement positifs tant sur les actions que sur les produits de taux».
Pour autant, les encours sous mandat augmentent de seulement 2,9% (hors fonds étrangers gérés en France), «la stagnation de la collecte de l’assurance vie ayant probablement négativement impacté les délégations», avant son rebond en 2013. Du côté des fonds, les 70 milliards engrangés grâce aux effets de marché sont contrebalancés par une décollecte de 24,1 milliards, très supérieure aux 13,3 milliards de sorties nettes recensés en début d’année par Europerformance pour les seuls fonds ouverts de droit français.
Pour l’AFG, les causes sont multiples: «la persistance de l’aversion au risque», «l’alourdissement important de la fiscalité de l’épargne», «l’attrition programmée des réserves de nombreux investisseurs institutionnels» et «la vive concurrence de l’épargne réglementée et des produits de bilan bancaires».
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