La crédibilité de la politique du Brésil est mise à mal
Le Brésil traverse une mauvaise passe, la poursuite du durcissement monétaire risquant d’aggraver la récession qui sévit dans le pays sans pour autant écarter la menace d’une perte de son statut investment grade. La banque centrale (BCB) a une nouvelle fois relevé hier le taux Selic de 50 pb pour le porter à 14,25%. Elle table sur une inflation stable à 9% en fin d’année, alimentée notamment par le déblocage des tarifs d’électricité et par la chute du réal, qui atteint 15% contre dollar depuis fin avril, et 17% contre euro. La devise est tombée à son plus bas niveau depuis mi-2004.
«Les perspectives sont assombries par la chute des cours des matières premières et le risque d’un ralentissement plus marqué en Chine, mais aussi par l’approche d’un resserrement monétaire aux Etats-Unis qui pourrait accélérer les retraits de capitaux», ajoute CM-CIC Securities. La contraction du PIB pourrait atteindre 1,8% cette année, selon la BCB. Cette chute de l’activité, qui a empêché le ministre des finances Joaquim Levy de faire voter l’ensemble de ses mesures d’assainissement budgétaire par le Sénat, et l’extension des enquêtes de corruption, ont conduit S&P à mettre le «BBB-» attribué au pays sous perspective négative mardi soir.
«Compte tenu de la révision à la baisse des objectifs d’excédent primaire jusqu’en 2017 imposée cette semaine par le Sénat, la dette publique devrait atteindre des niveaux plus élevés l’an prochain, avec le risque d’une récession plus importante que prévu cette année, qui pourrait perdurer sur 2016», alerte Barclays. En outre, cet assouplissement budgétaire forcé pourrait contraindre la BCB à prolonger ses hausses de taux. Le consensus s’attend à un passage de la note brésilienne en catégorie spéculative par S&P et au moins une des autres agences d’ici à fin 2016. Elle est de «Baa2» chez Moody’s, et «BBB» sous perspective négative chez Fitch.
Si «les CDS à 5 ans (autour de 300 pb) suggèrent que le Brésil traite déjà sur des niveaux de crédit spéculatifs comparables à des pays dont le poids de la dette externe est bien plus élevé (comme la Russie et la Turquie)», BNP Paribas ajoute néanmoins qu’un passage du Brésil en catégorie spéculative «aurait un impact négatif significatif sur le real». En outre, il entraînerait «une hausse des coûts de refinancement de l’Etat et des sociétés compte tenu de la faible liquidité sur le marché high yield», souligne Juan Carlos Rodado, économiste chez Natixis.
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