La Chine fait perdre la tête aux marchés
Les indices actions mondiaux ont dévissé hier dans le sillage de la chute de la Bourse chinoise. Même si aucune nouvelle n’est venue justifier à elle seule la brusque correction enregistrée sur toutes les places mondiales, plusieurs indices ont connu hier leur pire journée depuis plusieurs années. Le mouvement d’inquiétude s’est fait ressentir sur le prix du pétrole mais aussi sur l’euro qui se renforce face au dollar alors que certains reportent leurs attentes de resserrement monétaire aux Etats-Unis.
En Europe, l’Euro Stoxx a perdu 5,35%. Le CAC 40 a fini aussi en baisse de 5,35% et est tombé à 4.383 points. Il reste en hausse de seulement 2,59% depuis le début de l’année et a perdu en séance jusqu'à 8,4%. Le mouvement de correction a aussi été très vif aux Etats-Unis. Hier après-midi, le S&P 500 perdait 3,04% avant de regagner du terrain. Ces corrections font suite à celle, spectaculaire, de la Bourse chinoise.
L’indice de la Bourse de Shanghai a chuté de 8,49% à 3.209 points hier. Sur trois mois, l’indice s’est replié de plus de 33% alors que les autorités chinoises sont intervenues à plusieurs reprises sur les marchés pour contrer l’explosion de la bulle boursière. Des inquiétudes sur la santé de l’économie chinoise ont aussi contribué à entraîner le prix du baril du pétrole en dessous du seuil de 45 dollars hier à Londres pour la première fois depuis 2009 alors que les autorités chinoises ont dévalué leur monnaie en août.
«Il y a eu des preuves du ralentissement chinois depuis le début de l’année mais la dévaluation soudaine du yuan de la banque centrale de Chine a surpris les marchés et attiré l’attention», commente Juan Nevado gérant chez M&G. «Il semble qu’il y a un manque croissant de confiance dans la capacité des politiques à contrer les risques pour la croissance en Asie et sur les marchés émergents».
«A nos yeux, le mouvement de dépréciation du renminbi de la banque centrale de Chine est davantage justifié par la volonté de réformer les marchés financiers à long terme que par des inquiétudes sur la croissance», relativise la recherche de Nomura. «Les dernières données réelles sur la Chine suggèrent qu’il y a à nouveau une légère accélération de la croissance de la demande domestique», assure de son côté l’économiste d’Unicredit, Erik Nielsen, pour qui on assiste à un mouvement «de confusion totale alors qu’il y a très peu de nouvelles informations».
Quoi qu’il en soit, certains estiment que le mouvement de volatilité sur les marchés pourrait avoir des conséquences sur la politique monétaire américaine. «Nous pensons que la Réserve Fédérale ne devrait pas commencer un cycle de hausse des taux dans cet environnement, de peur qu’un tel mouvement déstabilise davantage les marchés», écrivent les économistes de Barclays. Ils prévoient que la Fed relève ses taux en mars 2016 et non plus en septembre prochain.
«Les minutes de la réunion de juillet ont révélé que le comité [ndlr: de politique monétaire] avait des doutes sur un certain nombre d’aspects des prévisions économiques», soulignaient les analystes de Nomura la semaine dernière. Ils s’attendent plutôt à un relèvement des taux américains en décembre qu’en septembre. Si l’euro se renforçait de près de 1,5% face au dollar hier pour atteindre 1,15, le rendement des titres d’Etat américains à 10 ans n’évoluait que très faiblement.
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