«Il n’y a pas mieux que les transactions réelles pour manipuler un indice»
- L’Agefi: L’Euribor est aujourd’hui remis en cause. A juste titre ?
- Jean Pierre RAVISE: L’Euribor est dénigré de façon systématique. Depuis le scandale du Libor les noms des deux indices Libor et Euribor sont systématiquement accolés. C’est injuste! Peut-être y a-t-il eu tentatives de manipulations, comme évoqué lors de la condamnation de Barclays et d’UBS mais je reste convaincu que l’Euribor, contrairement au Libor, ne pouvait pas être effectivement manipulé compte tenu du nombre important de contributeurs à son panel. Ils étaient une cinquantaine à sa création et encore une quarantaine il y a peu contre dix-huit pour le panel du Libor dollar. Malheureusement, les banques ne souhaitent plus participer au panel de l’Euribor afin d’éviter des accusations risquant de nuire à leur image.
- Comment jugez-vous les réformes entamées en Europe pour tenter de sauver l’Euribor?
- La fédération en charge de l’Euribor (l’Euribor-EBF) a annoncé une réforme de sa gouvernance en ouvrant notamment ses organes de décisions à des non-professionnels des marchés. Je suis persuadé que cette opération marketing n’apportera rien : être trésorier est un métier. De même la suppression de certaines maturités de l’Euribor ne change pas fondamentalement les choses car un opérateur de marché est capable de gérer une courbe de taux. D’une façon moins anecdotique, certains sont favorables à l’établissement d’un indice basé sur des transactions réelles : c’est une bonne idée intellectuellement mais c’est une utopie. Dans un marché non liquide, il n’y a pas mieux pour manipuler un indice sous couvert de transparence. Il faudrait plutôt rendre obligatoire la contribution des banques au panel et l’augmenter dans l’idéal à 50 contributeurs. Il faudrait aussi faire en sorte que les cotations de l’Euribor soient suivies quotidiennement, comme elles l’étaient à l’origine, par un groupe resserré de contributeurs.
- Pourquoi les banques ne se détournent-elles pas du Libor?
- Les Britanniques ont été une nouvelle fois pragmatiques dans la réforme du Libor. Ils ont dessaisi la Fédération bancaire britannique, la BBA, de son administration et l’ont confié à Nyse Euronext ce qui évite aux banques de porter la responsabilité d’éventuelles manipulations. Le Libor, tel le phœnix, renaît de son scandale tandis que pour l’Euribor, les experts continuent de réfléchir.
{"title":"","image":"80211»,"legend":"Jean Pierre RAVISE»,"credit":""}
Plus d'articles du même thème
-
Kevin Warsh propose une Fed «moins communicante»
Les acteurs du secteur financier peuvent y voir une évolution potentiellement positive si cela permet de réagir plus vite et mieux aux données. On peut cependant encore douter que le banquier central nommé par le président Donald Trump soit celui qui cherche ainsi à dépolitiser la Fed. -
Le M&A s'alimente de nouveau au gros gibier
En dépit de moindres volumes, la valeur des opérations de fusions & acquisitions a rebondi durant ce premier semestre 2026, un début d'année marqué par des transactions de grande envergure. L'intérêt des investisseurs se concentre notamment sur les secteurs des télécommunications, de l'énergie, des infrastructures et de l'intelligence artificielle, relèvent les banques d'investissement. -
CRH change de braquet aux Etats-Unis
L’acquisition d’Arcosa en numéraire pour 8,5 milliards de dollars, dette incluse, renforcera la position du groupe irlandais de matériaux de construction dans les infrastructures et l’énergie. -
Le risque de défaut progresse sous contrôle
Les entreprises high yield continuent de profiter d’un marché primaire actif offrant une forte liquidité leur permettant de se refinancer. Les taux de défaut ont grimpé à 4% en Europe comme aux Etats-Unis, et devraient se maintenir à ce niveau, avec des risques surtout spécifiques. -
L'agrément MiCA devient la meilleure publicité des acteurs crypto
A quelques jours de l'échéance du règlement européen MiCA, les acteurs crypto agréés en font un argument marketing de taille, en espérant rafler les clients et actifs des plateformes n'ayant pas reçu le précieux sésame. -
BNP Paribas sécurise sa bancassurance en Italie
BNP Paribas Cardif, la compagnie d’assurance du groupe, renforce son partenariat avec le groupe BCC Iccrea et le prolonge jusqu’en 2039.
ETF à la Une
AllianzGI va lancer cinq ETF actifs en Europe dès l'été
- Le chantier social prend du retard dans la fusion de BNP PAM et d'Axa IM
- Generali Investments va lancer ses premiers ETF actifs en Europe
- L'AFG propose d'introduire une dose de capitalisation dans les retraites complémentaires du privé
- Le programme Tibi 3 vise 15 milliards d'euros d'investissements dans la tech
- AIFM 2 : la transposition française de la directive prend beaucoup de retard
Contenu de nos partenaires
-
AdaptationClimatisation : la grande bascule des politiques
Face aux canicules à répétition, le débat sur le dérèglement climatique n’existe plus. Il se déplace sur l’adaptation. En se cristallisant sur la seule question de la clim, devenue très politique -
Commerce internationalLe commerce maritime international en mode agile
De la mer Rouge au détroit d'Ormuz, les crises géopolitiques rebattent les cartes du transport maritime. Armateurs, assureurs et transitaires s'organisent désormais pour naviguer dans un monde où l'incertitude est devenue la norme. A l'occasion du Rendez-vous ParisMAT qui se tient aujourd'hui et demain à Paris, petit tour d'horizon de ce nouveau quotidien -
EXCLUSIFDominique de Villepin : « Il faudra revenir à une taxe carbone »
Retour de l’ISF, taxe carbone, fonds souverain de 100 milliards… L’ancien Premier ministre de Jacques Chirac dévoile en exclusivité les grandes lignes de son programme économique pour l’élection présidentielle de 2027