IFRS 9 fait peser un risque procyclique sur les banques européennes
Les normes comptables IFRS 9 continuent de faire couler de l’encre. Alors que l’Autorité bancaire européenne (EBA) a publié une étude chiffrant à 59 points de base (pb) son impact sur le ratio CET 1 des banques européennes, le nouveau régime comptable pourrait peser bien davantage sur leur bilan, estime Barclays. La norme, qui introduit la comptabilisation de provisions dès l’origination, pourrait aussi accélérer la réduction du crédit bancaire en cas de récession.
A l’instar de l’EBA, la banque britannique estime à environ 50 pb l’impact d’IFRS 9 sur les ratios CET 1, qui sera probablement lissé sur trois à cinq ans à partir de sa mise en œuvre en 2018. La norme comptable, qui classe en trois catégories les crédits, est fondée sur une nouvelle approche prospective de l’appréciation du risque. Cela implique la comptabilisation dès l’origination d’un prêt d’une provision couvrant les pertes attendues sur les douze prochains mois. En cas de «détérioration significative du crédit», le passage en catégorie 2 s’accompagne de l’extension de la provision à l’ensemble de la durée de vie du prêt, avec à la clef un effet cliquet potentiel significatif.
«Si une récession suffisamment conséquente se matérialise, les provisions comptabilisées lors de la phase précédente ne seront pas suffisantes», s’inquiète Barclays. «Les banques devront non seulement anticiper des provisions pour des taux de défaut qui doublent en phase de récession, mais en plus faire face à un biais cognitif qui pourrait les amener à les surestimer», ajoute la banque en avançant l’impact de 200 à 300 pb sur les ratios CET 1 des établissements européens du changement de norme. Plus de deux tiers du secteur encaisserait une baisse supérieure à 300 pb de son ratio CET 1, Bank of Ireland étant la banque la plus exposée.
Cet impact est d’autant plus significatif qu’il s’additionnerait à l’inflation des actifs pondérés du risque observée lors des retournements de conjoncture. Barclays, qui chiffre par ailleurs à 200 pb l’impact de «Bâle 4», conclut à une baisse potentielle de près de 600 pb des ratios CET 1 moyens en prenant en compte tous les vents contraires auquel ferait face le secteur en cas de récession. «L’interprétation pessimiste conduit à penser que les banques couperaient les lignes de crédit dès que l’économie se retournerait. IFRS 9 aurait alors la conséquence inattendue d’exacerber les récessions», conclut Barclays.
Plus d'articles du même thème
-
Le Venezuela avance sur la restructuration de son énorme dette
La restructuration de la dette du Venezuela, estimée à 240 milliards de dollars, selon le FT, sera longue et complexe en raison de la multitude des créanciers. Une décote de 50% est anticipée par le marché. -
Le marché du travail américain ne plaide pas pour deux hausses de taux
Malgré un redémarrage des créations d’emplois en mars-avril-mai, le marché du travail ne se tend pas pour autant, indique une note d’Oxford Economics. La progression des salaires nominaux a un effet neutre, voire légèrement désinflationniste. C’est l’une des raisons pour lesquelles la Fed devrait s’abstenir de relever ses taux cette année. -
Qualcomm se renforce dans les logiciels d'IA avec Modular
Qualcomm va acquérir la start-up spécialisée dans les infrastructures d’IA pour 4 milliards de dollars. Il compte ainsi se renforcer sur le marché des centres de données. -
Le retour des tankers fait chuter le pétrole à un plus bas depuis fin février
Les flux reprennent dans le détroit d'Ormuz crédibilisant le scénario d'une normalisation des marchés pétroliers. Le Brent approche des 73 dollars le baril. -
Le pionnier français du bitcoin Paymium obtient son agrément MiCA
Il était l'un des derniers acteurs historiques de l'écosystème crypto français à attendre sa licence MiCA. -
Nicolas Bickel et Julien Vincenti (Edmond de Rothschild) : « Payer une prime de liquidité pour ne jamais l'utiliser n'a pas de sens »
Le responsable Groupe des investissements en banque privée et le responsable des investissements de la banque privée France reviennent sur la gestion des portefeuilles des clients durant le conflit entre les Etats-Unis et l'Iran.
ETF à la Une
BNPP AM franchit une nouvelle étape dans sa conquête des ETF actifs
- Le programme Tibi 3 vise 15 milliards d'euros d'investissements dans la tech
- BNPP AM franchit une nouvelle étape dans sa conquête des ETF actifs
- La justice française rejette la restitution de retenues à la source sur dividendes pour des « pools » de fonds
- La Caisse des dépôts investit dans un fonds monétaire Ucits tokenisé
- AllianzGI va lancer cinq ETF actifs en Europe dès l'été
Contenu de nos partenaires
-
QuirinalFrance-Italie : la « discipline de l’amitié » commence-t-elle à fonctionner ?
Entre les deux dirigeants, le coup de foudre n’a jamais vraiment eu lieu, entre tensions personnelles et politiques, petites phrases et irritations réciproques -
Voyage sur mesure : ces destinations d'initiés qui séduisent les Français
Alors que les destinations « instagrammables » continuent d’attirer certains voyageurs, une nouvelle gamme d’itinéraires s’impose petit à petit auprès d’une clientèle haut de gamme à la recherche d’expériences plus authentiques et immersives. Ces voyages privilégient la rencontre humaine, la découverte culturelle et le sentiment rare d’explorer un territoire dans toute sa singularité. -
Casse-têteFaire voter des travaux en copropriété pourrait bientôt être plus simple
Le projet de loi Logement devrait être amendé pour assouplir les règles pour la rénovation énergétique