Franklin Templeton veut libérer son potentiel de croissance en Europe
Franklin Tempeton semble insatiable. Il y a dix-huit mois, le groupe américain bouclait le rachat de Legg Mason, donnant naissance à un géant de 1.530 milliards de dollars d’actifs sous gestion à fin septembre.
Depuis, Franklin Templeton a réalisé six autres acquisitions. Certes, ces opérations sont d’une taille beaucoup plus modestes que celle réalisée avec Legg Mason - et moins transformatrices. Mais elles témoignent d’un appétit solide. Le groupe a notamment annoncé les acquisitions d’O’Shaughnessy Asset Management en septembre et de Lexington en novembre.
«Nous avons acquis six sociétés en 18 mois. Mais nous ne faisons pas d’indigestion !», déclare à NewsManagers Julian Ide, le nouveau responsable de la distribution pour la région Europe, Moyen-Orient et Afrique, lors de son premier déplacement à Paris depuis sa nomination en juillet 2020.
«Quelle que soit l’acquisition, nous voulons que l’entreprise en question nous apporte de la croissance et que nous puissions lui apporter de la croissance», explique Julian Ide. «Nous ne faisons pas la course à la taille», assure-t-il. D’autres opérations pourraient suivre, notamment sur des expertises ESG en Europe.
Complémentarité des équipes
Le modèle multi-boutiques choisi par Franklin Templeton, et conforté avec l’acquisition de Legg Mason, facilite clairement l’intégration de sociétés de gestion. «De nombreuses acquisitions se passent mal. Mais chez nous, c’est différent. Nous sommes capables d’intégrer rapidement des entreprises. Nous l’avons démontré», souligne Julian Ide.
Ces propos concernent surtout les petites opérations. Mais Julian Ide estime aussi que le rapprochement avec Legg Mason a été aisé. «C’est l’acquisition la plus harmonieuse que je n’ai jamais vue», assure-t-il. «Et j’en ai vu plusieurs !», ajoute le dirigeant, qui gravite dans le secteur de la gestion d’actifs depuis 30 ans.
Julian Ide attribue ce succès d’abord à la volonté de Jenny Johnson, la patronne de Franklin Templeton, d’embarquer tous ceux qui voulaient faire partie du projet et de leur donner les moyens d’accomplir ce qu’ils voulaient faire. C’est du moins l’expérience qu’il dit avoir vécue en tant que directeur général de Martin Currie, l’une des boutiques héritées de Legg Mason.
De plus, Franklin Templeton a laissé aux différentes structures qui faisaient autrefois partie de Legg Mason leur autonomie. Aujourd’hui, ces sociétés sont au nombre de vingt.
Le dirigeant explique aussi la réussite de l’opération par la complémentarité des deux anciennes sociétés de gestion. «75% de l’activité de Franklin Templeton était retail et 25% institutionnelle avant la fusion. Pour Legg Mason, c’était l’inverse. Il y avait aussi d’importantes complémentarités en termes de capacités de gestion», détaille-t-il.
Le nouveau groupe bénéficie aussi aujourd’hui d’un effet taille non négligeable, même si cela n’a pas été le moteur de l’opération, selon Julian Ide. Ce dernier raconte avoir signé plusieurs partenariats stratégiques au cours des dernières semaines, pour lesquels le groupe n’a pas été choisi pour tel ou tel fonds, mais plutôt «pour ce que nous pouvons apporter et partager en termes d’expérience», décrit-il. «Car aujourd’hui, le fait de disposer d’une gamme immense nous permet d’avoir des conversations qui vont bien au-delà de la discussion produits».
Un nouveau souffle
Pour toutes ces raisons, Franklin Templeton connait «un réel nouveau souffle», affirme Julian Ide. Pourtant, les derniers chiffres annuels font état d’une décollecte de 40 milliards de dollars sur l’exercice 2021 à fin septembre. Le dirigeant assure que «les flux reflètent un net redressement, dans de nombreux pays et classes d’actifs - et que cette dynamique s’accélère».
Le directeur de la distribution EMEA explique que la fusion a créé des opportunités énormes. En effet, certains canaux de distribution n’étaient pas exploités jusqu’à présent pour certaines stratégies. «Si vous prenez le canal discrétionnaire, ni Franklin Templeton ni Legg Mason n’était un acteur de taille dans ce domaine. C’est une opportunité massive pour nous. C’est comme un nouveau canal pour nous», détaille-t-il, comparant même son groupe à «une start-up de 1.500 milliards de dollars».
Julian Ide évoque aussi la tendance au subadvisory, qui est «massive», et auquel le dirigeant indique vouloir être associé. Il cite aussi le direct indexing, qui se développe de plus en plus et dans lequel Franklin Templeton a pris pied grâce à l’acquisition d’O’Shaughnessy. «Nous voulons être vus comme le partenaire stratégique naturel et incontournable dans toutes les conversations avec les clients, quels qu’ils soient», résume-t-il.
Une volonté de croître en Europe
Illustration de ce potentiel de croissance, Franklin Templeton n’a que 10% de ses actifs gérés en Europe. Une part assez faible, qui clairement «pourrait être plus importante et sera plus importante», affirme Julian Ide. «Nous visons une augmentation de plus de 60% des actifs sous gestion dans la région EMEA d’ici 2025», annonce-t-il. Un objectif qu’il juge ambitieux, mais réaliste.
La force de Franklin Templeton aujourd’hui, selon Julian Ide, est d’avoir la puissance d’un grand groupe et l’agilité de ses boutiques. Cette «dualité» se reflète d’ailleurs dans son rôle. Le dirigeant est resté directeur général de Martin Currie lorsqu’il a accepté les fonctions de responsable distribution pour l’EMEA. Deux autres responsables de boutiques ont également été appelés à prendre des responsabilités plus larges au niveau du groupe.
Plus d'articles du même thème
-
Salzgitter devient l’actionnaire unique du sidérurgiste HKM
Le groupe allemand, qui reprend les parts de ThyssenKrupp et de Vallourec dans leur coentreprise, prévoit de supprimer 2.000 emplois dans cette société. -
L’Autorité de la concurrence a autorisé un nombre de concentrations record en 2025
Le gendarme français de la concurrence devrait peu sanctionner cette année, après avoir prononcé pour 379 millions d’euros d’amendes l’an dernier. -
Les taux longs américains échappent à Donald Trump
Les décisions politiques augmentent les risques sur l’inflation et les taux courts. La croissance de l’IA et la défiance générale, synonyme de prime de terme, se retrouvent dans les anticipations sur les taux longs. Résultat, l’administration Trump paraît loin de pouvoir tenir ses promesses sur le niveau des taux. -
BNP Paribas rempile avec But et Conforama et parie toujours sur les partenariats
Unies depuis quatre ans, les deux enseignes du marché de l’ameublement revendiquent 2 millions de clients annuels dont un tiers font appel à une possibilité de financement ou de crédit. Autant de clients possibles pour Cetelem. -
Les bases de données sur les marchés font un nouveau pas en avant
L’Autorité des marchés européenne a sélectionné mardi le fournisseur de la base de données consolidée sur les produits dérivés de gré à gré (OTC) de l’UE avec Transparent Markets Europe (TME). Les fournisseurs des bases obligataires britannique (Etrading Software) et européenne (Ediphy) ont mis fin à leur conflit en mai. Et EuroCTP lancera la commercialisation de la base actions de l’UE dans les prochains jours. -
Opale Capital accompagne l'éducation financière de ses clients
La plateforme de distribution de fonds de non coté aux particuliers, filiale de Tikehau Capital, lance Opale Academy.
ETF à la Une
Les ETF d’actions américaines signent un retour en force au deuxième trimestre
- BlackRock remporte un mandat de 10 milliards d'euros
- LBP AM transfère la gestion de ses opérations de Natixis IM OS vers Alto
- Perpetual rejette une offre de rachat de 1,7 milliard de dollars d'EQT
- L'Ircantec va lancer plusieurs appels d'offres
- Les ETF d’actions américaines signent un retour en force au deuxième trimestre
Contenu de nos partenaires
-
Séjourner à la croisée des chemins en Corse
Des aiguilles de Bavella au Sud, au Cap Corse, à la pointe Nord de l’Ile de Beauté, voici cinq bons plans pour séjourner dans des hôtels d’exception qui vous invitent à parcourir les sentiers emblématiques ou confidentiels qui les entourent. -
DilemmesPrésidentielle : qui osera réformer le modèle social ?
Le modèle social français est une bombe à retardement. Qui sera prêt à la désamorcer ? Les candidats pour 2027 se font encore timides sur les grandes décisions à prendre sur la dépense et la nature du financement -
Casse-têtePartenaires sociaux : un réservoir d'idées encore inexploité sur le financement du modèle social
Pourtant experts sur la question, syndicats et patronat peinent à se retrouver pour caler un vrai débat sur le financement du modèle social avant l’élection présidentielle