Berlin rechigne à participer à un éventuel renflouement des banques chypriotes
Le dossier chypriote est brûlant. Chypre, qui a vu sa note dégradée à Caa3 par Moody’s avec une probabilité de défaut estimée à 50%, attend le chiffrage précis des besoins en capitaux de ses banques établi par Pimco et BlackRock. Pimco avait, dans un rapport préliminaire, estimé ce montant à 10 milliards d’euros et précisé qu’il ferait passer le poids de la dette de 86% en 2012 à 140% du PIB de l’île. Le montant de l’aide réclamée en juin par Nicosie à la Troïka pourrait atteindre 17,5 milliards, soit l'équivalent du PIB de l'île, dont 6 milliards pour assurer le refinancement de la dette de l’Etat entre 2013 et 2016 et 1,5 milliard pour couvrir les déficits.
Olli Rehn, commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, a exclu vendredi toute décote sur la dette de Chypre. «Même un plan de sauvetage axé sur le secteur bancaire pèserait sur la dette du pays compte tenu de la petite taille de l’économie, alors qu’un plan de soutien des banques qui financent les oligarques russes aux frais des contribuables européens s’avère extrêmement controversé», résume Nicholas Spiro de Spiro Sovereign Strategy.
Un tel soutien exige des contreparties en termes d’économies, de réformes, et de privatisation que le président communiste, Demetris Christofias, juge «inacceptables». De quoi repousser, selon le Handelsblatt, un éventuel accord européen sur le plan de sauvetage à mars, une fois l’élection présidentielle passée. Sans compter que la demande d’aide n’obtient pas le soutien d’une majorité de parlementaires allemands et risque, en l’état, d’être censurée par le Bundestag.
Les sociaux-démocrates allemands (SPD), qui espèrent battre la chancelière lors des élections en septembre, se refusent à payer le sauvetage indirect de banques dont le bilan est plombé par des créances douteuses largement composées, selon eux, de financements accordés à la mafia russe. Chypre a d’ailleurs réclamé 5 milliards d’euros à la Russie, en plus de l’aide européenne. «Je ne peux pas imaginer que les contribuables allemands sauvent des banques dont le modèle est basé sur la facilitation de l'évasion fiscale», alertait Sigmar Gabriel, le dirigeant du SPD.
Bank of Cyprus, la plus importante banque de l'île, a alerté fin décembre que ses résultats annuels seraient «sensiblement plus négatifs» que la perte de 1,37 milliard d’euros de 2011, en raison de l’augmentation des provisions pour des créances douteuses.
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