Le blocage administratif d’octobre semble avoir augmenté les inquiétudes sur l’économie américaine, à en croire le sondage du Conference Board auprès des consommateurs, qui ont désormais davantage de craintes sur leur emploi à court terme.
Encore une fois, le rapport du département du Travail, le premier depuis la fin du «shutdown», et portant sur les données de septembre, a envoyé un message mitigé : plus favorable sur les créations d’emplois, un peu moins sur le taux de chômage. La baisse de taux un moment anticipée le 10 décembre semble encore compromise.
Des chiffres sur l’économie américaine meilleurs qu’attendu, lorsqu’ils seront publiés avec la fin du blocage administratif, pourraient être synonymes d’arrêt ou au moins de report des baisses de taux.
Alors que les rares données publiées du fait du «shutdown» ne permettent pas d’avoir une idée précise sur l’état de l’économie et de l’emploi américains, les gouverneurs ont tout fait pour réduire les attentes autour de la prochaine réunion de la Réserve fédérale.
Le nombre de prêts aux ménages américains en défaut de paiement a atteint son plus haut niveau depuis plus de cinq ans au troisième trimestre, à 4,5% du total pour un retard de paiement d’au moins 30 jours. La part d’impayés est de 14,4% sur les prêts étudiants et de 8,9% sur les cartes de crédit. L’effet direct d’une politique monétaire de la Fed encore plutôt restrictive, a priori.
Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a dévoilé fin octobre les noms des cinq finalistes en lice pour la succession de Jerome Powell à la tête de la Fed en mai 2026. La décision pourrait être annoncée dans les semaines qui viennent.
Tout le monde s’accorde sur un «ralentissement progressif», mais avec deux lectures possibles allant du risque d’accélération du chômage à celui d’une croissance molle soutenue par les prix et qui empêchera la Fed de diminuer ses taux trop vite.
La banque centrale cherchera d’abord à stabiliser la taille de son bilan, mais la prudence devrait la conduire à ne pas s’arrêter là : elle pourrait aussi très rapidement relancer des achats pour avoir des réserves bancaires et un bilan en phase avec l’économie.
Pour les investisseurs interrogés par L’Agefi, la situation sur les taux de la Fed demeure d’autant plus floue que le blocage administratif (shutdown) ne permet plus d’avoir de données précises sur l’économie américaine. Le prochain mouvement de la BCE dépendra des risques sur la croissance, donc aussi du contexte extérieur.
Un an après l’élection de Donald Trump, les analystes qui annonçaient une catastrophe rapide au regard de son programme protectionniste doivent reconnaître que la croissance tient, sans une inflation démesurée, avec des marchés actions au plus haut. Mais avec aussi une économie à deux vitesses, dont la moyenne masque peut-être les difficultés croissantes des ménages et des entreprises du bas de l’échelle.
L'arrêt du resserrement quantitatif, couplé à une nouvelle baisse de taux d'un quart de point annoncée comme attendu ce mercredi, sera synonyme de soutien à l'économie et au marché monétaire. Le président de la Fed a cependant précisé qu'une nouvelle baisse de taux en décembre n'était pas encore décidée.
Les prix ont moins augmenté que prévu en septembre. De quoi faire converger les avis des gouverneurs de la Fed vers des baisses de taux progressives, de 25 points de base, mais régulières, dans les prochains mois.
Sur un an, les prix ont progressé de 3% le mois dernier alors que les économistes anticipaient une hausse de 3,1%. La probabilité de voir la Banque centrale américaine réduire ses taux la semaine prochaine est élevée.
En l’absence de données publiques à cause du «shutdown» de l'administration américaine, les enquêtes privées et l’analyse des données alternatives ne permettent pas de conclure à une dégradation marquée de l’économie.