La French Tech plie mais ne rompt pas
C’était la catastrophe annoncée pour la French Tech, après les violentes corrections boursières subies par leurs homologues américaines. Elle a pourtant bien résisté malgré le contexte.
Certes, les volumes d’opérations ont reculé au troisième trimestre, avec un peu moins de 2,5 milliards d’euros investis dans les start-up françaises, selon la dernière étude d’Avolta Partners, mais le bilan sur l’année reste encourageant. La French Tech a levé 11,6 milliards d’euros en neuf mois et compte huit nouvelles licornes pour porter son total à 31 désormais. « Jusqu’à maintenant, bien que le troisième trimestre soit en recul tant en valeur qu’en nombre d’opérations, on observe une certaine résilience du marché français en 2022 par rapport aux marchés britannique et allemand qui ont vu leurs volumes baisser. Le constat est le même pour les méga-deals, qui sont restés stables en France mais qui reculent chez nos voisins », commente Arthur Porré, associé fondateur d’Avolta Partners.
15,5 milliards d’euros attendus sur l’ensemble de 2022
Si ce rythme se maintient, Avolta estime que le montant collecté par la French Tech pourrait atteindre 15,5 milliards d’euros sur l’ensemble de l’année, contre 12,3 milliards l’an passé, un millésime alors record.
Les principaux tours de table du trimestre ont été réalisés par Contentsquare avec une levée de 393 millions d’euros menée par Sixth Street, Innovafeed (251 millions, QIA), Zeplug (240 millions, ICG), Bump (180 millions, DIF) et Clubfunding (125 millions, Florac). « Ce sont paradoxalement les petits tours de table qui font chuter les volumes au troisième trimestre tandis que la valeur des grosses opérations est stable. L’une des explications est qu’on observe moins d’opérations visant les start-up fonctionnant sur un modèle d’abonnement, un secteur très exposé à la correction des multiples boursiers aux Etats-Unis », avance Arthur Porré. A l’inverse, les start-up évoluant dans l’impact et la transition énergétique ont davantage contribué au dynamisme du marché, beaucoup de fonds capital-risque s’étant lancés sur cette thématique ces derniers temps. En dépit des déboires de Klarna, le secteur des fintechs demeure le premier leveur du marché depuis le début de l’année, bien qu’il ait enregistré une chute des volumes significatives au troisième trimestre.
Valorisations sous pression
Contrairement aux anticipations, les investisseurs étrangers n’ont pas délaissé l’Hexagone, comme en témoignent les plus importantes levées de fonds de l’année. « Les investisseurs étrangers sont toujours présents. Cela peut s’expliquer par la baisse des valorisations qui leur offre des opportunités intéressantes d’investissement, couplée à un dollar très fort ces derniers mois. Et ils sont positionnés sur les grosses levées de fonds donc se retrouvent mécaniquement très présents en proportion sur le marché », souligne le banquier d’affaires.
La performance de la French Tech est d’autant plus notable que les valorisations ont été revues à la baisse dans plusieurs opérations à l’international, à l’instar de la tech cotée. « Il y a clairement une pression sur les valorisations. Plutôt que des baisses significatives, on a plutôt vu des tours de table aux mêmes niveaux que le précédent avec pourtant de meilleures performances financières », note Arthur Porré.
En matière de sortie, 2022 devrait atteindre 4,9 milliards d’euros, soit le niveau de 2020, après une année 2021 record (10,2 milliards) liée aux introductions en Bourse d’OVH, Exclusive Networks et Believe. En 2022, seul Deezer a tenté l’aventure boursière dans un marché perturbé, avec pour résultat un cours de Bourse actuel très inférieur à celui son prix d’introduction.
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