Lorsque l’émulation cède la place à la crispation
«Le Conseil national des barreaux (CNB) a publié un Livre blanc (…) révélateur du mal-être d’une profession aux contours aujourd’hui mal définis et asphyxiée par ses sureffectifs. » Une profession accusée de « vouloir tout accaparer » et de « poursuivre ses chimères » ! Les fleurets sont sortis, non mouchetés, traduits en pleine page dans plusieurs quotidiens nationaux, le 28 février dernier, avec pour signataire le… Conseil supérieur du notariat. Diantre ! Et pourtant, il aura fallu une semaine au CNB pour réagir: « La violence de cette attaque en dit long sur le malaise de cette profession, qui est contrainte de faire le choix de l’affrontement. »
Pour être habitué aux relations parfois tendues entre les instances ordinales, on ne peut s’empêcher d’être surpris par la virulence des propos. Indéniablement, un palier a été franchi et des observateurs de toutes obédiences ont pu être interloqués. Il est vrai que les sujets de discorde portent sur du « dur », touchant au noyau de compétences historiques et donc à un ressort majeur, celui de l’exploitation. Signe d’une période troublée où les notaires pâtissent de la baisse des transactions immobilières et s’inquiètent pour leur monopole dans le cadre européen, où les avocats sont pour beaucoup d’entre eux dans la peine et où les experts-comptables aussi voient les revenus de leurs missions traditionnelles s’éroder.
Il n’en faut pas plus pour que les exemples de crispations se multiplient. Le duel ci-dessus s’inscrit dans le cadre des propositions faites de part et d’autre pour la réforme de la justice initiée par Christiane Taubira. « Nos revendications et notre acte d’avocat constituent de très grandes menaces pour le notariat », rétorque le CNB, et c’est effectivement une brèche dans le droit de la famille et un coup potentiel porté au sacro-saint acte authentique notarial. Mais que dire de l’ire des avocats face à l’acte d’expert-comptable prôné par la loi Alur à l’occasion de cessions majoritaires de parts sociales de SCI ? Ou du démariage devant notaire proposé comme alternative au divorce ? Les indépendants eux-mêmes sont sourcilleux quand on s’immisce dans leur périmètre. Pour chacun, il est des prés carrés auxquels il ne faut pas toucher.
Tout cela alors même que les connivences ne cessent de s’amplifier sur le terrain, nous en porterons encore témoignage lors de nos Rencontres interprofessionnelles du patrimoine à Strasbourg, le 10 avril.
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