L'éditorial du rédacteur en chef de l’Agefi Actifs, Jean-François Tardiveau, paru dans notre dernier numéro papier.
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L’image de la grenouille avec en fond le centre d’affaires de La Défense avait su manier l’autodérision pour faire passer le message. Les investisseurs étrangers, les banques, les sociétés de gestion implantés à Londres et soucieux de ne pas finir en dommage collatéral du vote britannique étaient attendus à bras ouverts à Paris. Une ambition compréhensible dès lors qu’il s’agit de séduire des géants comme Goldman Sachs qui, il y a peu, aurait fait part de sa volonté de transférer dans un pays de l’Union européenne entre 1.000 et 2.000 emplois actuellement basés dans la capitale outre-Manche. Las! Nul n’étant prophète en son pays, il est clair que le message du batracien « Tired of the fog, try the frogs » (1) n’est pas passé dans l’Hemicycle. Plus précisément auprès d’un certain nombre de députés qui ont remis au goût du jour cet insupportable défaut français pour les anglo-saxons – bien plus que celui qui consiste à apprécier les cuisses de grenouilles –, l’instabilité fiscale.
En proposant l’alourdissement des taxes en cas d’attributions d’actions gratuites, et en augmentant celles sur les transactions financières en pleine période de séduction « post Brexit», une frange d’élus a fait d’une pierre trois coups. Outre l’accroissement de l’imposition d’un dispositif qui participe au développement de l’actionnariat salarié, ils ont également démontré qu’une mesure d’une loi vieille d’un an seulement pouvait être remise en cause. Enfin, cette décision a court-circuité les efforts déployés par les représentants de l’industrie financière hexagonale pour vanter la maison France.
On n’ose imaginer l’animal que Paris Europlace aimerait voir poser devant l’Assemblée nationale. Cela dit, Bercy s’est aussi illustré sur le même sujet en annonçant il y a deux semaines son souhait de modifier le calendrier du versement de la contribution sur les actions gratuites. Objectif : revenir à la situation d’avant la loi Macron de 2015 permettant à l’Etat de percevoir des recettes sur les plans d’attribution gratuites d’actions de 2017 dès l’année prochaine et non en 2018. Et peu importe si les entreprises auraient pu payer une contribution pour un avantage qu’elles pourraient ne pas verser, vu les critères de performances liés à l’attribution d’actions gratuites. Le gouvernement a finalement renoncé une semaine plus tard. Aurait-il compris qu’un cercle vicieux aurait pris forme, avec très logiquement moins d’opérations d’attributions d’actions gratuites, moins de salariés-épargnants encouragés aussi et enfin, moins de rentrées fiscales? Sans doute. En attendant, il n’a pas perçu ni pesé les dégâts en termes d’image. Tout le monde y perd donc. Tous? Non, pas nos amis allemands alors que Francfort est en compétition avec Paris pour accueillir des établissements comme Goldman Sachs. Ni Londres d’ailleurs, qui réfléchit à brandir la menace du dumping fiscal si les banques britanniques perdent le passeport européen. Bref, il n’est pas certain que notre grenouille fasse le poids. A moins de se vouloir aussi grosse que le bœuf, avec les risques que l’on connaît depuis la fable.
(1) Marre du brouillard ? Essayez les grenouilles !
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