Non, le stock picking n’est pas mort !
Quel est le point commun entre Airbus, Inditex, Safran ou encore Nokia? Réponse: toutes ces valeurs ont, chacune à leur tour, figuré en tête de liste des meilleures performances annuelles de l’EuroStoxx 50 au cours des 5 dernières années, avec, parfois, des taux de progression plus de 50 fois supérieurs à leur indice de référence. Encore fallait-il être en mesure de capter cet «alpha» qui constitue les fondements d’une gestion de stock picking réussie. S’il n’est pas tâche aisée, le jeu en vaut la chandelle pour résister au chant des critiques souvent formulées par les spécialistes de l’approche indicielle et autres pourvoyeurs d’ETF. Certes, depuis quelques années, la technologie a fait la part belle aux algorithmes rythmant la gestion quantitative ou ayant permis aux fournisseurs d’indices de redoubler d’inventivité et les marchés ont gagné en volatilité.
Malgré cela, les modes passent mais la légitimité tout comme l’approche du stock picking reste inchangée pour au moins une raison. Tant que la dispersion des valeurs, correspondant à leur propension à s’écarter de la performance moyenne annuelle de leur indice de référence continuera d’évoluer à des niveaux aussi élevés, il constituera une importante source d’alpha, chère à tous les «stock-pickers». Car c’est bien là tout l’intérêt de ce type de gestion: aller chercher de la performance là où la stratégie indicielle ne le permet pas. A titre d’exemple, le taux de dispersion de l’Euro Stoxx 50 a atteint près de 19% en 2015, soit presque 5 fois plus que sa hausse de cours sur la même période (+3,8%, hors dividendes).
On voit déjà fuser les premières critiques du type «le stock picking, beaucoup de candidats, peu d’élus» ou encore «il est plus facile de constater une performance que d’en profiter à plein». Le propos n’est pas là de nier cette réalité. Ni d’ailleurs d’aller à l’encontre de la réalité des chiffres: en moyenne, 85% des fonds gérés font moins bien que leur indice de référence. L’objet de cette tribune est plutôt de s’inscrire en faux contre l’idée, de temps à autre lue ou entendue, selon laquelle le stock picking serait une espèce en voie de disparition.
Au contraire, il reste l’un des seuls moyens ne pas cantonner les performances des portefeuilles à celles des grands indices boursiers et de laisser entrevoir des perspectives de gains plus représentatives des valeurs qui les constituent. Sachant au passage que même si les ETF affichent des frais de gestion plus faibles que ceux des fonds gérés, ils exposent aussi à une fourchette de cotation (le spread bid-ask) payée par tous, y compris les investisseurs institutionnels, ce qui obère fortement la performance en cas de transactions fréquentes. Toujours est-il qu’il existe plusieurs méthodes, plus ou moins directes, pour essayer de capter de la surperformance. La première consiste à faire de «l’investment manager picking» en sélectionnant parmi une population de «stock pickers», les meilleurs dans leur discipline, autrement dit ceux susceptibles de générer le plus d’alpha dans le temps. La seconde correspond à une approche plus classique consistant à un choix de valeurs réalisé davantage en fonction des thématiques les plus porteuses. En grossissant le trait, mieux vaut encore choisir la lanterne rouge de la bonne thématique que le meilleur élève de la plus mauvaise. L’analyse fondamentale doit être mise au service de l’anticipation des tendances à venir. A titre d’illustration on privilégiera Amazon qui bénéficie d’un boulevard sur le gigantesque marché des plateformes de ventes de produits en ligne qu’Apple, qui malgré une meilleure santé financière, est de plus en plus exposé à une concurrence féroce. La question n’est pas de choisir le bilan le plus solide, mais de savoir s’inscrire dans la bonne tendance du moment.
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