Natixis tente de circonscrire l’incendie H2O AM
Apprécié pour la qualité de son modèle multiboutique dans la gestion d’actifs, Natixis en découvre les inconvénients. L’action de la banque a perdu hier 11,76% à 3,48 euros. Elle paie les interrogations soulevées par les investissements de H2O Asset Management dans des obligations illiquides liées, notamment, au financier allemand Lars Windhorst. Après un article du FT Alphaville sur le sujet, Morningstar a suspendu mercredi la notation d’un des fonds de la société, H2O Allegro.
La boutique représente 30 milliards d’euros d’encours sur les 855 milliards d’euros gérés par le groupe à fin mars. Mais elle est très rentable, grâce aux commissions de surperformance accumulées par ses fonds. Détenue à 50,01% par Natixis, H2O AM a dégagé un résultat net de 167 millions d’euros en 2017 et de 360 millions en 2018, selon le document de référence de Natixis. L’an dernier, la banque a engrangé dans son ensemble 1,58 milliard de bénéfice net part du groupe.
Dans ces conditions, «l’annonce de Morningstar pourrait accélérer les sorties de fonds de H2O», estime Farhad Moshiri, analyste chez AlphaValue. «Il reste à voir si cela affectera d’autres boutiques et, surtout, dans quelle mesure cela affectera le modèle multi-boutiques spécifique de Natixis», ajoute l’analyste. Ceux de Jefferies estimaient cependant hier la réaction boursière exagérée, compte tenu du poids relatif de H2O dans les résultats de Natixis.
La banque et son affilié ont essayé hier de déminer le terrain. «Les fonds de H2O AM sont par construction très liquides, avec seulement 5% à 15% de titres non cotés, explique à L’Agefi Jean Raby, directeur général de Natixis IM. L’amalgame qui est fait avec des gestionnaires ayant connu récemment des problèmes de liquidité sur leurs fonds est déplacé. »
Après avoir communiqué mercredi auprès de ses distributeurs, H2O AM leur a fourni hier cinq pages d’explications détaillées sur ses fonds. De quoi relativiser les comparaisons avec le suisse GAM et le britannique Woodford, tous deux obligés de geler des fonds après s’être largement écartés de leur processus de gestion. H2O rappelle que l’exposition de ses fonds Adagio, Allegro, et MultiBonds aux obligations d’entreprise non notées atteignait respectivement 4,3%, 9,7% et 8,3% de l’actif net au 20 juin, et qu’elle est systématiquement communiquée sur une base mensuelle à ses clients. Le gérant, qui prend avant tout des positions macro, est de ce fait un grand utilisateur de contrats futures et forwards, ce qui lui permet de garder une part de cash et de titres monétaires élevée dans ses véhicules, de 56% par exemple pour Adagio. Il dit avoir respecté les règles qu’il s'était fixées.
Les placements privés d’entreprises pour lesquelles Lars Windhorst a servi d’intermédiaire ont contribué l’an dernier pour 0,75% à la performance d’Adagio, 1,70% à celle de MultiBonds et 1,34% à celle d’Allegro. H2O dit avoir souscrit une part importante de chaque placement pour mieux en négocier les termes. L’asset manager détaille aussi la nature de ses liens avec la galaxie Windhorst, la manière dont il valorise ses obligations, dont certaines sont classées en actifs de niveau 3, et le coût de liquidation d’une partie de son portefeuille dans un scénario de stress des marchés et de rachats élevés de la part de ses clients.
Natixis ne souhaitait pas commenter hier les éventuels mouvements de ses clients sur les fonds H2O AM. Et à ce stade, les superviseurs ne lui auraient pas demandé d’explications.
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