Comment rester rentable face aux taux négatifs ?
Le monde change parfois plus vite qu’on ne le croit. Il y a une douzaine d’années, les obligations les moins risquées du marché offraient des rendements supérieurs à 4% par an. Pour les gérants de portefeuilles obligataires, il n’était pas difficile de trouver des titres attractifs et d’appliquer des frais à leur gestion, sans que ceux-ci n’impactent significativement la performance des clients.
Les gérants sont obligés de se tourner vers le crédit et le high yield
De nos jours, le paysage n’est plus le même. Les emprunts les plus sûrs (investment grade) s’échangent généralement à des taux négatifs en Europe. À cela s’ajoute le développement des ETF obligataires, aux frais de gestion très bas, qui gagnent des parts de marché et créent une sérieuse concurrence pour la gestion traditionnelle.
, Pour faire face à ces enjeux, les gérants obligataires n’ont d’autre choix que de prouver leur capacité à générer de la surperformance tout en réduisant leurs frais de gestion. Une gageure, dans un contexte où le simple fait de dégager une performance positive constitue déjà une petite prouesse. Les fonds obligataires ont, certes, connu une bonne année 2019 grâce à la baisse des taux ayant permis de faire progresser les valorisations des anciens titres, mais cette logique arrive désormais à son terme. Le marché obligataire se trouve plus que jamais dans une configuration difficile associant rendements négatifs et risque de dévalorisation en cas de remontée des taux.
, De manière logique, les gérants sont donc nombreux à délaisser le segment des obligations souveraines pour se tourner vers les obligations d’entreprises, qui offrent des rendements un peu plus attractifs. Certaines sociétés favorisent également le lancement de fonds spécialisés sur le segment high yield, qui offre toujours des rendements positifs malgré un risque plus élevé. Ces stratégies restent néanmoins insuffisantes pour satisfaire une clientèle souvent déçue par les rendements servis.
Améliorer la performance grâce à l’intelligence artificielle
Pour faire face à la situation, il n’existe qu’une seule solution : adopter les bons outils pour améliorer sa gestion et dégager une surperformance régulière dans la durée. Cet objectif est bien sûr très difficile à réaliser sur les marchés actions, que l’on sait liquides, efficients et donc peu prédictibles. En revanche, sur le segment des obligations d’entreprises, où les titres s’échangent de gré-à-gré, l’efficience est moins forte. Il devient alors possible d’exploiter les données disponibles pour analyser les émetteurs et anticiper les évolutions à venir en distinguant les bons et les mauvais dossiers.
Pour ce faire, il est essentiel de se plonger dans le vaste univers de la « data » et d’en automatiser le traitement grâce à l’intelligence artificielle. Attention : la qualité des analyses dépend naturellement de la sélection des données utilisées. Il faut donc s’intéresser aussi bien aux données « micro-économiques », propres à l’entreprise, qu’aux données « macro-économiques », plus globales. Il convient surtout de savoir pondérer ces variables pour donner davantage de poids à celles qui sont les plus significatives.
Ce travail de fourmi était historiquement réalisé par les gérants eux-mêmes et par leurs équipes d’analystes. De nos jours, le coût des méthodes traditionnelles d’analyse est devenu supérieur à la valeur qu’elles peuvent générer. Il est donc devenu nécessaire d’automatiser ces tâches via des algorithmes. Cette solution présente un double avantage : plus économique, elle est surtout plus exhaustive et permet de traiter un large spectre de données en réalisant ainsi le suivi d’un vaste ensemble d’emprunts cotés.
La fonction d’un tel outil est d’aider les analystes dans leurs recherches en leur fournissant des informations complémentaires. En aucun cas, il n’a vocation à remplacer les gérants eux-mêmes, qui restent seuls maîtres à bord. Leur rôle est essentiel pour effectuer le choix des titres, l’allocation sectorielle ou encore la prise en compte de critères ESG. L’outil technologique doit avant tout faire ressortir les informations pertinentes et faire émerger des idées d’investissements en constituant une aide à la décision. C’est en améliorant ainsi leurs choix de gestion que les asset managers pourront, à long terme, continuer à rester rentables tout en générant des performances satisfaisantes pour leurs clients.
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