Mastercard monte au créneau sur la souveraineté européenne
L’entreprise se targue d'être, dans un sens, européenne. Elle mise sur sa résilience face à l'émergence de nouveaux systèmes de paiement comme Wero ou l’euro numérique.
cartes de paiement Mastercard.
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crédit Mastercard.
Dans le débat sur la souveraineté des paiements, Mastercard ne veut pas être dans le camp des méchants. Lors d’une journée dédiée à la presse mercredi 11 mars à son siège social européen de Waterloo, le géant américain s’est défendu face aux dernières polémiques sur la dépendance de l’Europe aux rails de paiement américains.
« Nous respectons cette volonté de souveraineté. Nous sommes une entreprise mondiale qui opère dans 220 pays, qui a traité 150 milliards de transactions l’année dernière et qui compte 150 millions de points de vente », admet Kelly Devine, présidente Europe pour Mastercard. Pour rappel, 61 % des transactions par carte en Europe passent par Visa et Mastercard.
« Mais nous sommes aussi fièrement européens : nous avons 9.000 salariés européens, nous nous engageons à investir en Europe, nous avons un rôle à jouer dans l'économie européenne comme nous le faisons depuis six décennies », défend-elle. L’entreprise se targue également d’avoir été l’une des premières en Europe à mettre en place le Règlement général sur la protection des données (RGPD).
Data centers parisiens
Pour convaincre, Mastercard met en avant sa résilience, notamment en matière de cybersécurité. L’entreprise a investi 9 milliards d’euros dans la lutte anti-fraude en Europe ces six dernières années.
Elle a également annoncé en octobre dernier un investissement de 250 millions d’euros pour construire trois datacenters en France, ce qui porterait son nombre de centres de données en Europe à quinze. Ils devraient être opérationnels au cours du second semestre de l’année.
« Cela nous prendra un peu de temps pour y parvenir, mais à terme nous pourrons réaliser des transactions qui passeront uniquement sur le sol européen, de sorte à ce que s’il y avait une coupure de câble entre les États-Unis et l’Europe, elles pourraient fonctionner », ambitionne Kelly Devine.
Sur les questions d’extraterrioritalité du droit américain, Mastercard a également tranché : « Nous sommes prêts à aller devant les tribunaux pour contester tout ce qui perturbe la sécurité, les données, l’intégrité de l'écosystème européen des paiements », martèle la présidente.
L’entreprise plaide pour «arrêter les raccourcis». « Toutes les grandes entreprises européennes ont des liens avec les Etats-Unis. Nous sommes donc tous dans le même bateau : toute décision prise par un gouvernement, où que ce soit dans le monde, a un impact sur nous tous », estime Jorn Lambert, directeur des produits à Mastercard.
Accélération de la concurrence
En Europe, au-delà des prémices de l’euro numérique, Wero, utilisé depuis plus d’un an massivement pour le virement de compte à compte, devrait être progressivement déployé pour le e-commerce cette année, et proposé en paiement sans contact chez les commerçants en 2027. Le réseau Cartes Bancaires reprend le contrôle également des portefeuilles numériques.
Depuis 2023, les entreprises montent au créneau et reprochent à Visa et à Mastercard d’augmenter leurs tarifs sur leurs réseaux de cartes. Entre 2018 et 2022, ces frais auraient augmenté de 34 %. La solution Wero devrait être moins chère pour les commerçants.
« Nous parlons beaucoup des coûts mais jamais des bénéfices. Le fait qu’une petite entreprise puisse soudainement accepter des paiements non seulement de sa communauté locale ou de son pays, mais de n’importe où dans le monde, est un énorme avantage », défend Kelly Devine. Selon elle, le coût d’une transaction est réparti entre plusieurs acteurs,Mastercardne s’octroyant « qu’une très petite part » de celui-ci.
Mastercard ne ferme pas la porte par ailleurs à une sorte de partenariat avec ces solutions souveraines, notamment sur les questions de fraude. Le choix restera au consommateur. « Il existe déjà une concurrence, celle-ci va s’intensifier et nous nous en réjouissons car c’est le moteur qui nous pousse à nous améliorer et à innover », estime Jorn Lambert.
L’entreprise travaille avec OpenAI, Microsoft et Google sur le commerce agentique. Elle a aussi annoncé mardi un partenariat avec 85 acteurs cryptos, notamment Solana et Circle, pour travailler sur les stablecoins.
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