Les régulateurs vont devoir s’adapter aux modèles des fintech
Invité par la Banque de France à faire un point sur les nouvelles technologies dans la finance, Ravi Menon, le directeur général de l’Autorité Monétaire de Singapour (MAS), a décrit le long voyage que doivent désormais entreprendre ensemble ces deux secteurs aux approches différentes puisque la finance est longtemps restée «centrée sur le produit» alors que la technologie se veut «centrée sur le client». «Les innovations proposées, à l’instar des systèmes d’identification et de connaissance des clients (KYC) ou des nouveaux services de paiement, ne pourront pas être efficaces si elles restent dans un système fermé. Un rôle des autorités de régulation est bien d’organiser le dialogue entre les fintech et avec les institutions financières afin que les systèmes puissent communiquer entre eux, à un niveau national et rapidement international, même si cela demande des expérimentations», a insisté Ravi Menon, évoquant les potentiels gains importants en termes de coûts, et donc d’inclusion de populations encore non bancarisées.
Décomposer les tâches
Le troisième élément de la révolution technologique, directement lié aux utilisateurs, est la confiance que ces derniers doivent pouvoir avoir dans le système qui conserve ou gère leur argent et protège leurs données. Cette confiance passe aussi par une nouvelle approche des régulateurs et des banques centrales : «Nous devons évaluer les fintech uniquement sur la base de leur activité. Partant de là, nous devons décomposer nos modèles car les fintech ont décomposé la chaîne de valeur des activités financières. Ce ne sont pas des banques, elles ne proposent qu’une partie de l’activité, et ne peuvent donc pas être régulées comme des banques. Les régulateurs doivent s’adapter, segmenter les différentes tâches dans la chaîne des paiements et des autres activités, dépôts compris, les différents risques, et comprendre tout cela séparément. C’est le plus grand défi pour les régulateurs.»
Face à l’immixtion des bigtech dans la finance, le coorganisateur du Singapore FinTech Festival a prôné un principe de réciprocité : «Si les grandes sociétés technologiques peuvent avoir accès aux données bancaires des clients qui l’acceptent pour leur proposer d’autres services, il faut que l’inverse soit aussi possible pour les banques. Dans tous les cas, le client doit toujours avoir la plus grande transparence sur l’utilisation possible de ses données.»
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